dimanche 16 novembre 2008

Entretien Metro - 2007

Interview d'Éric Stalner parue dans Metro en avril 2007 lors de la sortie de Voyageur T1 Futur 1
Propos recueillis par Olivier Aubrée et publiés dans Metro le 01.04.2007

« Nous sommes de grands gosses »

Éric Stalner est décontracté. Son crayon trône sur une planche quasi achevée (déjà la n°36 du prochain tome de Voyageur). Deux mines satisfaites du travail accompli. Éric Stalner est cruel : « Avec Pierre Boisserie (coscénariste, ndlr), on a récemment décidé de faire arracher le bras d'un personnage. » Éric Stalner est surtout « super excité » par cette nouvelle saga en treize tomes dont le premier est paru le 28 mars et dont le dernier est programmé en 2011. Un voyage à rebours dans le temps, à la croisée des genres (science-fiction, thriller, épopée historique) et au suspense prometteur.

Comment est née l'idée de ce mystérieux voyageur qui remonte le temps en vieillissant ?
Pierre Boisserie avait envie de suivre un héros ayant pour mission de préserver le déroulement du passé pour ne pas provoquer le chaos dans le présent. Face à lui : un autre personnage qui veut, au contraire, modifier le temps. Le concept a déjà fait l'objet de beaucoup de films (Terminator, Retour vers le futur, L'Effet papillon...), mais on a imaginé un maximum d'impossibilités pour aller jusqu'au bout de cette logique : si on sauvait le Titanic ? si on assassinait Hitler ? si on tombait amoureux de sa grand-mère ? Le monde actuel en serait chamboulé, et le héros s'y oppose.

Quel sera le « moyen de transport » entre les différentes époques ?
On ne voulait surtout pas utiliser de machine, comme dans la science-fiction classique. Des gènes quantiques (une extrapolation scientifique, bien sûr) permettront au héros de changer de siècle en suivant les empreintes qu'il a laissées dans le passé (photos, statues, tableaux...). En revanche, il y a une unité de lieu : Paris, des arènes de Lutèce au "Granparis" high-tech des années 2080, en passant par la construction de Notre-Dame et l'Occupation allemande.

Au total, vous serez huit à vous partager la réalisation des treize épisodes. Comment peut-on préserver la cohérence d'un projet avec autant de participants ?
Pour le scénario, Pierre Boisserie et moi-même sommes complices depuis longtemps (collaboration sur La Croix de Cazenac, entre autres). Entre nous, c'est une partie de ping-pong permanente. On est des grands gosses : comme deux frères qui dorment dans des lits jumeaux et qui se racontent des histoires dans le noir, on multiplie les « et si... » et on ne conserve une idée que si elle nous plaît à tous les deux. Trois ans se seront écoulés entre la naissance du projet et la parution du premier album.

Et pour le dessin ?
Nous connaissons très bien tous les dessinateurs qui interviennent. On fonctionne comme une bande de copains. Les changements d'époque et d'âge des personnages permettent à chacun de s'exprimer, pourvu que le scénario et les caractéristiques du héros (yeux vairons, cheveux blancs, cicatrice en V sur le front) soient respectées.

Y a-t-il un message qui sous-tend Voyageur ou bien est-ce une épopée purement ludique ?
Il y a quelques réflexions sur la façon inquiétante dont notre société gère ses ressources et donc l'avenir (gaspillage d'énergies, réchauffement climatique...), mais il n'y a pas de grand message, et surtout pas de leçon de morale. La notion de plaisir prime. Notre plaisir de créer une grande saga de toutes pièces (un vrai casse-tête pour que tout colle dans cette histoire complexe !) et de la dessiner en s'amusant vraiment. Mais aussi le plaisir du lecteur, qu'on veut surprendre, voire manipuler en le faisant entrer dans des jeux de miroir incessants : des personnages se retrouveront face à eux-mêmes sans le savoir ; de lointains ancêtres vont rencontrer leurs descendants ; je ferai aussi un clin d'œil à un vieil ami qui m'est cher, Fabien M.

L'action, le suspense, c'est votre marque de fabrique ?
Justement, à l'avenir, j'aimerais faire plus de psychologie. J'espère relever ce défi. Je n'en dirai pas plus…

interview © Olivier Aubrée / Metro

mercredi 12 novembre 2008

Entretien Actuabd.com - 2007

Interview d'Éric Stalner parue sur Actuabd.com lors de la sortie de Voyageur T1 Futur 1
Propos recueillis par Laurent Boileau
Entretien publié sur
Actuabd.com le 31.03.2007

« Plus le temps passe, plus j’ai envie de faire des albums »

Les éditions Glénat misent beaucoup sur Voyageur, une ambitieuse saga, dont le premier tome vient de paraître. Éric Stalner, coscénariste et dessinateur du premier cycle, a du pain sur la planche : outre les deux premiers tomes de Voyageur, il publie cette année le tome 2 de La Liste 66, le tome 9 de La Croix de Cazenac et une nouvelle série, Flor de Luna !

Vous publiez cinq albums cette année. Vous êtes boulimique ?
Mon grand défaut, c’est que je suis gourmand. J’aime la vie. J’ai besoin d’aller de l’avant, d’avoir plein de projets. Parfois, il m’arrive d’avoir peur de cette fuite en avant. Je dessine 10 heures par jour et 6 jours sur 7. Pas pour des raisons économiques mais parce que j’aime vraiment dessiner. J’adore mon métier et plus le temps passe, plus j’ai envie de faire des albums. Si la qualité du dessin en pâtit, il faut que les lecteurs et les éditeurs me le disent. Je dessine vite, le découpage vient naturellement. C’est une qualité mais aussi un défaut car je peux me satisfaire d’un dessin qui mériterait plus de travail. Je me gendarme et j’essaie de faire attention !

Scénariste, co-scénariste, dessinateur, vous aimez alterner les fonctions ?
J’aime bien les nouvelles expériences. Par exemple, pour Flor de Luna, je coscénarise avec Pierre Boisserie ; je fais ensuite le découpage et seulement le crayonné. C’est Éric Lambert qui finira le dessin. Ce n’est pas une volonté d’aller plus vite, c’est parce que j’aime le travail en équipe. D’ailleurs, ce n’est pas nouveau pour moi, je le faisais déjà avec mon frère, il y a quelques années. Sur le prochain La Croix de Cazenac, Siro encrera et finira le dessin. Mon dessin encré par Lambert n’est pas le même que celui encré par Siro. C’est, à la fois, moi et pas moi ! Mais attention, Siro et Lambert sont de véritables dessinateurs. Ce ne sont pas des exécutants techniques.

Pourquoi vous impliquer de plus en plus dans les scénarios ?
Je ne peux plus être seulement dessinateur. J’ai besoin de m’investir dans le scénario. Je ne fais bien que ce que j’aime. Et si on entrave ma liberté, je n’arrive pas à dessiner. Pour raconter une histoire, je ressens le besoin d’être associé à l’origine des personnages, de les sentir et de les faire vivre. En revanche, pour les dialogues, je laisse faire Pierre Boisserie. Sur Voyageur, il rajoute les dialogues sur mes dessins.

Ce qui veut dire que le dessin existe derrière les bulles ?
Tout à fait. Je connais ce que les personnages vont dire mais je ne connais pas les mots exacts qu’ils vont employer. Lors du découpage, je connais les sentiments qu’éprouvent les personnages et donc je sais si le visage doit être interrogatif, effrayé ou souriant. Pierre pose les bulles à l’ordinateur et affine son texte en fonction du dessin. Le texte peut être explicatif mais il permet aussi de rythmer la lecture et d’obliger le lecteur à s’arrêter sur telle ou telle case.

Treize albums en 4 ans, Le Voyageur est une grande aventure… avec plusieurs dessinateurs…
Dessiner la série en dix ans m’aurait lassé. En plus, l’histoire avec trois cycles (futur, présent, passé) se prêtait parfaitement à ce que plusieurs dessinateurs interviennent. Voyageur a quelques signes distinctifs (cicatrice, cheveux blancs, yeux vairons) qui permettront de l’identifier quel que soit le dessinateur. Pour le lecteur, la publication rapide est un bonheur. Et l’éditeur ne peut que s’y retrouver. C’est aussi un moyen de proposer une alternative au rythme rapide de publication des mangas…

L’expérience de Glénat sur ce type de saga est un atout ?
C’est rassurant, enthousiasmant mais aussi exigeant parce qu’il faut être à la hauteur de leur "investissement". À l’origine, Pierre Boisserie en a parlé à Didier Convard qui a été tout de suite très motivé et il a su entraîner toute l’équipe Glénat avec lui : l’éditorial, les forces de vente, le marketing…

Pour un dessinateur, n’est-ce pas frustrant de ne pas dessiner la couverture de son album ?
Oh que si ! Mais c’est très bon pour l’humilité ! Les couvertures de Juanjo Guarnido donneront une unité à l’ensemble, comme l’avait fait Juillard pour Le Triangle Secret. Juanjo s’est tellement impliqué qu’il a demandé à dessiner un album. Il fera donc le dernier tome que je devais initialement dessiner moi-même.

interview & photo © Laurent Boileau / Actuabd.com
Remerciements à Laurent Boileau pour son aimable autorisation de reproduction

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Rédactionnel © Brieg F. Haslé et Manuel F. Picaud /
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