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dimanche 11 janvier 2009

Entretien Association Fabble - 1999

Interview d'Éric Stalner parue dans sur le site de l'association Fabble en 1999
Propos recueillis par Bernard Launois et publiés sur le site de l'Association Fabble en 1999

« La bande dessinée est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. »

Depuis combien de temps dessinez-vous ?
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé dessiner. Lorsque nous étions petits, mon frère et moi, nous faisions des petites devinettes en BD que nous vendions pour 20 ou 50 centimes à notre mère, nos vrais débuts professionnels en quelque sorte. Plus tard, adolescents, nous avons copié les super-héros américains de Strange et Marvel. Dessiner n'était pas une obsession dans ma jeunesse mais un désir permanent. Les marges de mes cahiers de classe étaient remplies de dessins, comme tous ceux qui font le même métier que moi je suppose.

Depuis combien de temps faites-vous de la BD ?
J'ai commencé véritablement la bande dessinée chez Glénat toujours en compagnie de mon frère en 1988 avec Les Poux édité en mars 1989 dans la collection Vécu. Le scénariste s'appelait Christian Mouquet. Il y a eu trois tomes et c'était une histoire d'anarchistes russes que j'aimais beaucoup. Le titre de la série provenait d'une phrase de Lénine : "Dans la nouvelle Russie il n'y a pas de place pour les poux, ou bien le socialisme tuera les poux ou bien les poux tueront le socialisme". Cette BD est sortie quelques mois avant la chute du mur de Berlin. C'est parfaitement involontaire même si cela peut paraître prémonitoire.

Vit-on vraiment de la BD ?
Il y a de grandes différences dans le traitement des auteurs suivant leur nombre d'albums vendus, la reconnaissance du public. Mais si c'est très important d'être honnêtement rémunéré et de recevoir les doux fruits de son dur labeur (larme de reconnaissance) le principal n'est pas là, en tout cas pour moi. Je dirais que je vis de la BD mais surtout avec et pour la BD. C'est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. Je serais riche que je paierais pour continuer.

N'y a-t-il pas des moments de lassitude et d'envie de faire autre chose ?
De temps en temps peut-être mais c'est tellement rare que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Ce qu'il y a parfois de pénible ce sont les moments de doute et cela c'est dur à supporter. Si j'arrêtais la BD, je ferais de l'illustration peut-être, de la pub ou autre chose. Ce qui est certain c'est que tant que je le pourrai, je dessinerai.

Pourquoi avoir décidé d'abandonner les scénaristes (Christian Mouquet pour Les Poux et Daniel Bardet pour Le Boche et Nordman) ?
Ce n'est pas un abandon, c'est simplement l'envie de changer, de tracer son chemin tout seul et surtout de raconter ses propres histoires.

À l'époque des Poux, vous signez A. et M. Stalner : pour quelle raison ?
Stalner est un pseudonyme. Éric est mon vrai prénom, mais au début j'avais pris aussi un prénom pseudo : Martin. Pourquoi prendre un pseudo est une autre question et les réponses sont multiples. Disons que c'est pour le plaisir de se créer une nouvelle personnalité. Les psychanalystes y verraient peut-être le refus du père, l'aveu d'un trouble intérieur ou une peur schizophrénique violente du moi face à l'agression du monde extérieur mais les psychanalystes se fichent de la BD et c'est tant mieux ! Déjà qu'ils disent qu'Astérix et Obélix ont des rapports troubles entre eux…

Reprendrez-vous un jour Fabien M., ne serait ce que pour faire rencontrer Fabien M. et Klaus "Le Boche" comme vous l'aviez envisagez dans une autre interview ?
En fait, c'est dans ma nouvelle série La Croix de Cazenac qui sort en septembre [1999] chez Dargaud. Cela débute en 1914 et dans un tome futur (le 3e ou le 4e), on rencontrera Fabien et Klaus en clin d'œil plus qu'en vrai personnages. Encore que… qui sait ?

En combien d'albums avez-vous prévu la saga berrichonne Le Fer et le Feu ?
C'est une question qui a rarement une réponse précise. Cela dépend de beaucoup de choses. Pour l'instant il y en aura au moins 4 tomes. Après on verra pour une suite…

Une nouvelle ère commence, travailler seul (sans votre frère). Y a-t-il de l'appréhension ?
Oui, c'est drôle, c'est comme un nouveau début. Mais c'est passionnant, cela donne le sentiment d'être au départ et à l'arrivée de la création. Je n'ai pas d'appréhension au contraire je suis plutôt serein. J'adore dessiner (on commence à le savoir !) cela ne me fait pas peur d'entamer seul tant de nouveaux projets.

Est-ce que vos manières d'envisager la BD sont devenues divergentes ?
Non, je ne pense pas. C'est plutôt le désir après avoir parcouru un bout de chemin ensemble de se retrouver seul maître de son destin. Je gère mon emploi du temps, je n'ai de compte à rendre qu'à moi-même et je crois que je me sens plus libre. Je pense que mon frère a le même sentiment…

Nous savons que deux séries vont démarrer, l'une dès septembre [1999] pour La Croix de Cazenac. En combien de tomes est prévue cette intrigue en pleine Première Guerre mondiale ?
Même question suivie d'une même réponse un peu évasive. Cela dépend de plein de choses : de la réussite de l'histoire, de l'intérêt des lecteurs pour cette histoire, du soutien de l'éditeur, de ma propre envie ainsi que de celle de mon co-scénariste et néanmoins ami, du renouvellement de nos idées, etc… Pour l'instant on ne pense qu'au tome 2 et c'est déjà bien comme ça. Ce qui est sûr c'est que l'on en fera pas une histoire qui s'étire comme un chewing-gum mais plutôt des cycles de 2 ou 3 bouquins sur le même sujet. En fait, cela se situe durant la Première Guerre mondiale mais ce n'est pas un livre sur la guerre. Les sujets sont donc variés… Le tome 2 devrait se passer en Russie, un tome sur "le Lusitania" (bateau coulé en 1915), un avec Mata Hari. Nous avons plein d'idées, mais tout est lié au mystère de la croix de Cazenac…

L'autre série, La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], est prévue pour quand ?
Le titre n'est pas définitif, je cherche… si vous avez des idées n'hésitez pas à me les communiquer ! La sortie est prévue pour octobre [1999], je crois. C'est allé beaucoup plus vite que prévu parce que je suis rentré totalement dans cette histoire très différente de ce que je faisais d'habitude et je me suis senti totalement à l'aise. J'ai beaucoup de mal le soir à me sortir de cet univers.

Allez-vous changer de style de dessin ?
Changer radicalement de style me paraît difficile, mais c'est vrai que mon approche est un peu différente, plus humoristique, plus libre peut-être.

Envisagez-vous d'utiliser l'ordinateur pour faire votre BD (mise en couleur par PAO), comme c'est un peu la mode chez des confrères ou bien faire appel à un coloriste comme c'est le cas pour La Croix de Cazenac ?
Toujours ce bon vieux travail à la main ! Jean-Jacques Chagnaud qui fait les couleurs du Fer et le Feu va faire celles de La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], j'ai toute confiance en lui de même qu'en Isabelle Merlet qui a pris en mains les couleurs de La Croix de Cazenac avec beaucoup de style et d'élégance.

Combien faut-il de temps pour dessiner un album ?
Un certain temps, un temps certain et le temps qu'il faut de longues journées de 10-12 heures multipliées par 6 jours par semaine. Je suis loin des 35 heures…

Envisagez-vous d'écrire exclusivement des scénarios pour un autre dessinateur dans l'avenir ?
Avec Pierre Boisserie, co-scénariste talentueux de La Croix de Cazenac, nous avons travaillé sur une nouvelle histoire, un western futuriste avec un très bon dessinateur : Jitéry [projet avorté]. C'est la première fois que je fais un scénario pour quelqu'un d'autre. J'aime beaucoup cela, même si je me sens un peu perdu parce que j'ai les personnages en moi mais je ne les ai jamais couchés sur le papier. Cela dit écrire pour les autres, c'est bien, mais je ne veux pas trop le faire, le dessin toujours le dessin !

Comment voyez-vous l'avenir de la BD ?
Radieux ! Pas vous ? Un peu d'optimisme, cela fait du bien !...

interview © Bernard Launois / Association Fabble
visuels © Stalner - Bardet - Boisserie - Mouquet / Dargaud - Glénat

jeudi 6 novembre 2008

Entretien Auracan.com (4/5) Travailler à plusieurs - 2008

« J’aime bien travailler en équipe ! »
Propos recueillis par Manuel F. Picaud en août 2008

Avec votre frère Jean-Marc, vous êtes rapidement devenus auteurs complets en créant la série Fabien M. chez Dargaud...
Nous avons toujours aimé raconter des histoires. J’ai l’impression que mon frère s’en passe aujourd'hui, puisqu’il ne scénarise plus... Pour moi, c’est impossible de ne pas être à l’origine de ce que je dessine. J’aime vraiment beaucoup qu’une idée née dans mon imagination se concrétise sur le papier et devienne quelque chose de réel. Fabien M. ou Étienne de Cazenac existent vraiment. Ce sont des personnages que j’ai au fond de moi et qui ont presque pris leur envol. Ils existent même en dehors de moi.

Vous avez arrêté la collaboration avec votre frère Jean-Marc...
Au cours de la série Le Fer et le Feu, Jean-Marc a souhaité poursuivre seul son chemin et moi le mien.

Et vous avez depuis démarré une fructueuse collaboration avec Pierre Boisserie. Comment l’avez-vous connu ?
Nous nous sommes rencontrés au festival de Buc, il y a plus de 10 ans. Pierre était dans l’organisation de ce festival, et on a d’abord parlé de son métier de kiné, un beau métier. Nous avons rapidement sympathisé. Ensuite, il m’a montré les choses qu’il faisait, et je lui ai proposé de travailler ensemble...

Vous aviez besoin de retrouver quelqu’un avec qui travailler ?
J’aime bien travailler en équipe, écrire des co-scénarios. Avec Pierre, on a un fonctionnement très particulier qui me plaît. Je ne sais pas si j’ai envie de le faire avec d’autres. Avec lui, cela se passe bien ! On se connaît bien, il connaît mes défauts, je connais les siens : si j’en ai très peu, il en a beaucoup ! [rires]

Parlez nous du fonctionnement particulier qui existe entre vous deux…
C’est un fonctionnement qui n'est pas sérieux du tout : nous travaillons comme des mômes ! Nous nous réunissons et nous nous racontons une histoire. Nous créons plutôt des synopsis agrandis que des scénarios extrêmement construits. Nous aimons rester libres. Surtout moi, côté dessin. Je m’accorde toujours le droit de rajouter des idées. Bien sûr quand nous travaillons ensemble, je l’appelle et nous en parlons. Lui aussi quand il rajoute des choses aux dialogues. Quand nous travaillons ensemble, nous établissons l’histoire, je fais le découpage – étape importante qui donnera le rythme – et il écrit les dialogues tout à la fin après les couleurs. C’est un autre truc que j’avais instauré. Ça fonctionnait déjà comme ça avec mon frère. Quand je dessine, je sais ce que les personnages vont dire, mais je ne leur mets pas encore les mots en bouche. Je vois après. C’est l’ajustement.

À quoi tient l’osmose qui existe entre vous et Pierre Boisserie ?
On a établi une fois pour toute une règle : on ne garde une idée que si nous sommes d’accord tous les deux. Sachant qu’on est assez objectifs, on reconnaît l’avis de l’autre, on ne met pas notre orgueil au premier plan. Et on s’amuse plutôt bien quand on écrit. Ensemble, on sort les idées essentielles. On construit une grosse ossature. Ensuite, Pierre affine un peu lorsqu’il réécrit. J’affine à mon tour quand je découpe. Il finit d’affiner, il fait la dentelle autour quand il fait les dialogues. On a à la fois un travail collectif et individuel...

... et alternatif…
Oui, on a une grande part de liberté chacun. Et, à la fin, nous obtenons une route qui serpente et qui tient bien !

C’est tout de même un fonctionnement assez atypique...
C’est sûr ! On est à la fois très différents et en même temps, nous avons en commun une culture proche. Certes, cette culture n’est pas la même. Pierre a lu plus de romans de science-fiction et de polars ; je suis plus classique, même dans ma formation. Je suis plus intéressé par la philosophie, les religions ; Pierre connaît davantage la musique. Il est très fort en comics, moi pas du tout. Mais nous avons une même curiosité ; il me semble qu’on se complète parfaitement. En tout cas, au niveau boulot, cela se passe vraiment très facilement. Il n’y en a jamais un qui essaye de passer devant l’autre. Notre règle n’est pas simple. C’est pour cela qu’on réfléchit le moins possible chacun de notre côté pour garder notre spontanéité ensemble et éviter qu’on s’attache à une idée sur laquelle on a réfléchit seul. Après, si l’autre ne le ressent pas, c’est plus dur. Alors dès que j’ai une idée, je l’appelle. Pareil pour lui, il m’appelle dès qu’il a en une. Mais la plupart des idées, on les a quand on est ensemble.

Au final, à quoi ressemble vos synopsis ?
Nos histoires tiennent en deux pages et demi. Après, je fais mon découpage. Certains pourraient peut-être dire qu’on manque de rigueur, mais nous ne le sentons pas comme cela. C’est notre façon et notre plaisir de travailler. Et pour nous cela fonctionne. Peut-être pourrions nous être meilleurs si nous faisions différemment, mais ce n’est pas sûr. En tout cas, nous aimons cette façon qui est la nôtre.

En terme d’écriture, vous travaillez aussi bien en équipe qu'en solo. Ressentez-vous le besoin d’alterner ?
J’aime beaucoup travailler en équipe. Pour le partage, l’émulation, ou tout simplement le plaisir de travailler ensemble, de trouver des idées différentes, d’appartenir à un groupe, de faire mieux. Je n’ai pas vraiment réfléchi à la question... Je le fais simplement parce que cela me plait. Ça me plait de le faire avec Pierre Boisserie et Éric Lambert sur Flor de Luna, ou avec Siro sur La Croix de Cazenac, ou avec les autres sur Voyageur. Et cela me plait d’être tout seul sur d’autres projets. Je suis comme un marin : parfois j’ai envie d’être tout seul sur mon bateau, et parfois de naviguer à plusieurs. Il ne faut pas tellement chercher plus loin que cela.

visuels : extrait de Le Fer et le Feu T3 © Éric et Jean-Marc Stalner / Glénat ; illustration Fabien M. © Éric et Jean-Marc Stalner / Dargaud - courtesy Galerie Daniel Maghen ; extrait de Voyageur T2, cycle Futur T2 © Stalner - Boisserie / Glénat
interview & photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com

mercredi 5 novembre 2008

Entretien Auracan.com (3/5) Thématiques, influences, personnages - 2008

« Quand on regarde les yeux de mes personnages, j’aime qu’on ait l’impression qu’il y a quelque chose derrière... »
Propos recueillis par Manuel F. Picaud en août 2008

Parmi les thèmes qui reviennent dans votre œuvre, il y a notamment le début du XXème siècle…
C’est vraiment un moment de l’histoire qui compte énormément. Les deux frères de ma grand-mère maternelle sont morts à une semaine d’intervalle à 19 et 21 ans. Ma grand-mère était persuadée – on est une drôle de famille ! – que mon frère et moi sommes les réincarnations de ses deux frères ! Mon arrière grand-père paternel a fait la guerre du côté allemand sur un cuirassier...

La période de 1914 est donc pour vous l’occasion d’approfondir cette époque-là ?
Oui, et je la trouve graphiquement intéressante et historiquement fascinante. Le monde a connu quelque chose d’effrayant. C’est plus important que 1939-45 qui découle de la guerre 14-18, de tous ces nationalismes de la fin du XIXème et du début de XXème siècle.

Et côté peinture, lorsqu'on observe attentivement vos dessins, nous avons l'impression que vous aimez, et vous rapprochez, du XVIIIe siècle…
En effet, et aussi de toute la pensée romantique du XIXème. Je suis assez proche de la peinture de Caspar David Friedrich. C’est un retour à une vision, pas totalement païenne, mais, en tous les cas, moins chrétienne avec des influences plus liées à la nature et à la mythologie. On y retrouve forcément des ruines romaines ou grecques, des représentations des Dieux germaniques etc. C'est vrai, j’aime bien la grande période romantique allemande que l’on voit dans cette peinture-là...

Vous lisez beaucoup, allez souvent au théâtre et regardez beaucoup de films. J'imagine que cela alimente vos albums et leur donne de la profondeur...
Cela me paraît essentiel. Quand on regarde les yeux de mes personnages, j’aime qu’on ait l’impression qu’il y a quelque chose derrière. L’œil ne doit pas être vitreux, un simple élément du décor ou du visage. L’œil doit transporter une partie du personnage. Et celui-ci doit avoir une histoire, une chair, une existence, une profondeur. C’est vraiment essentiel ! Je ne suis pas un grand maître en scénario, en intelligence narrative. Je ne suis pas un grand spécialiste pour tenir en haleine les lecteurs, mais j’essaye de construire des personnages attachants. Mais je cherche à ce que mes personnages aient une forte histoire personnelle, de forts caractères, pour créer un peu de sens. En revanche, je n’ai pas envie d’introspection. Je n’ai pas envie de mettre en BD mon histoire personnelle. Je suis assez secret...

Mais vous retranscrivez autrement une part de vous au travers de vos personnages et de vos histoires…
Oui, forcément. Tout ce que j’aime, on le retrouve dans mes albums. Je n’aime pas trop réfléchir là-dessus, mais il y a des raisons si j’aime dessiner les ruines ou la nature. Pour la nature, je veux bien chercher quelques explications. Pour les ruines, j’ai peur que ce soit plus inquiétant qu’autre chose. J’ai toujours aimé cela, les peintures d’Hubert Robert, ou du Piranèse : les ruines de Rome au Moyen-Âge, ce sont des décors que j’adore !

Vos personnages ont souvent des gueules. En êtes-vous conscient ?
J’aime les gens un peu abîmés. J’ai du mal en BD avec les personnages trop parfaits genre Alain Delon. Des physiques à la Jean-Paul Belmondo me correspondent mieux. J’aime les gens qui ont vécu des drames intérieurs, qui sont allés au fond d’eux-mêmes et qui remontent à la surface. Je suis pareil : je n’abandonne jamais, je n’abandonnerai jamais. J’aime me battre dans la vie, cela me paraît essentiel. Alors forcément, en BD, j’aime les gens qui se battent, sur qui tout tombe et qui s’en sortent !

visuels : extrait de l'intégrale La Croix de Cazenac : Le Cycle du Loup © Stalner - Boisserie / Dargaud - courtesy Galerie Daniel Maghen ; extrait de la planche 38 de La Croix de Cazenac T6 © Stalner - Boisserie / Dargaud
interview & photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com

mardi 4 novembre 2008

Entretien Auracan.com (2/5) Les débuts en BD - 2008

« Pendant des années, notre grand-mère paternelle nous a demandé quand nous allions avoir un vrai métier ! »
Propos recueillis par Manuel F. Picaud en août 2008

Comment vous êtes-vous intéressé à la bande dessinée ?
J’avais 10 ans lorsque j’ai réalisé mes premières BD avec mon frère Jean-Marc – il est mon aîné de deux ans, je travaillais comme un petit goret, lui c’était vachement propre, super beau… Les études ne m’intéressaient pas, j’ai quitté le lycée en Première. J’ai quand même passé mon Bac en candidat libre. Je l’ai passé avec mon frère qui s’était planté deux ans avant. Du coup, on a préparé le concours des Beaux-Arts ensemble, car on a toujours voulu faire du dessin. Pas forcément de la BD. Jeunes, on lisait Marvel et d’autres comics américains de l’époque, les Strange. Au concours des Beaux-Arts, on s’est vautrés royalement. Les épreuves consistaient en un dessin d’un nu, un dessin d’imagination et enfin la présentation d’un book de dessins. Mon frère m’a battu, j’ai eu 5/20, lui 5,5 ! [rires]


L'avez-vous ressenti comme un échec vexant ?…

Ça nous a fait un choc, mais ce fut une chance pour nous ! Si nous étions entrés aux Beaux-Arts, nous n’aurions pas fait de la BD, mais de la peinture. Nous nous sommes retrouvés dans la BD beaucoup plus tard. Mais nous avons toujours vécu du dessin. Nous voulions vivre de ce qu’on aimait faire. Je saute des étapes : nous avons fait des couvertures de disques, de la publicité, travaillé dans des journaux. Et nous avons vraiment attendu avant de nous lancer dans la BD. Ce fut presque un hasard...

De quelle manière cette orientation de carrière a-t-elle été acceptée par vos parents ?
Cela n’a posé aucun problème. Maman a fait l’école du Péret. Elle voulait devenir créatrice de costumes pour le théâtre. Et puis elle s’est mariée et n’a jamais travaillé dans son domaine. Mon grand-père maternel a été peintre à sa retraite, pas un très grand peintre, mais il a fait pas mal d’expositions aux États-Unis et en France. Officier de marine, il avait dirigé un réseau de la Résistance en 1940, suivi De Gaulle et créé le service des barbouzes. Je suis très fier de lui. Donc, l’art remonte quand même sur trois générations ! Côté paternel, ingénieur le père, le grand-père, l’arrière grand-père. Mes parents étaient divorcés : mon père, donc, n’a pas eu son mot à dire. Mais je crois qu’il a été content. Pendant des années, notre grand-mère paternelle nous a quand même demandé quand nous allions avoir un vrai métier ! C’est vrai qu’au début on a galéré. Ensuite, c’est un métier comme un autre, sauf qu’on s’amuse plus que beaucoup d’autres ! Je suis vraiment heureux de faire ce métier-là !

visuels : extrait de la planche 5 de Malheig T3 © Éric et Jean-Marc Stalner / Dargaud ; Malheig, visuel pour un ex-libris © Éric et Jean-Marc Stalner / Dargaud - courtesy Galerie Daniel Maghen
interview & photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com

lundi 3 novembre 2008

Entretien Auracan.com (1/5) Découverte d’Éric Stalner - 2008

« Sincèrement, je suis vraiment heureux de faire ce métier... »
Propos recueillis par Manuel F. Picaud en août 2008

Stalner, c’est d’abord une signature commune, celle de deux frères qui se sont fait un pseudonyme ensemble dans la bande dessinée avant de se faire un prénom. Éric et Jean-Marc se sont séparés en 1999 et poursuivent depuis une carrière chacun de leur côté. Éric Stalner a su rebondir en accentuant son trait réaliste enlevé, en multipliant les projets de qualité et les fructueuses collaborations et en diversifiant ses méthodes de travail. Attiré par le Bouddhisme, ceinture noire de karaté, amoureux de la vie et de ses plaisirs, il dégage une humanité rare et irradie une authentique culture.

Pour mieux connaître cet auteur complet, à la vie intérieure riche et particulièrement romantique, nous vous proposons une série d’entretiens réalisés par Manuel F. Picaud chez l’auteur, à Toulouse, en août 2008. Ces entretiens ont été initialement publiés sur Auracan.com en septembre et octobre 2008 au sein du Dossier Éric Stalner & Pierre Boisserie.

Éric Stalner est né le 11 mars 1959 à Paris 14e, rue Giordano Bruno. Il s’amuse à y voir deux signes. Giordano Bruno était un philosophe de la Renaissance accusé d’hérésie, brûlé vif pour avoir démontré la pertinence d’un univers infini, peuplé d’innombrables mondes identiques au nôtre. Et sa date de naissance correspond aux débuts du soulèvement du peuple tibétain face aux menaces du pouvoir chinois sur le dalaï-lama.

Pouvez-vous préciser cela ?...
Je suis peut-être la réincarnation d’un moine tibétain qui s’est pris une balle dans la tête par un Chinois. J’y ai beaucoup pensé quand je me suis intéressé au bouddhisme tibétain. Je me suis dit, si ça se trouve, c’est normal, c’est karmique, je retourne là parce que j’ai vécu au Tibet dans une autre vie.

On connaît moins votre côté karatéka et officier de réserve…
Je n’ai jamais passé une deuxième dan. Cela me gonflait. J’ai eu ma ceinture noire et ensuite terminé. Ma ceinture noire a été une grande fierté. C’était plus important que mon Bac. Comme mes épaulettes d’officier de réserve. Je sais que ce n’est pas bien vu dans la BD, mais j’aime bien cela. Cela dit, je n’ai pas continué. J’avais besoin d’aventures. Je voulais même être para. Je ne suis pas fondamentalement militariste, même si je suis issu d’une famille de militaires. Disons que je n’ai pas la haine de l’uniforme.

interview & photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com

dimanche 2 novembre 2008

Portrait d’Éric Stalner

Cela fait déjà 20 ans qu’Éric Stalner œuvre en bande dessinée. D’abord en collaboration avec son frère aîné Jean-Marc, puis seul ou en collaboration avec d’autres auteurs, il n’a pas arrêté ! Aujourd’hui, son nom est intimement lié à celui de son coscénariste Pierre Boisserie avec qui il signe, notamment, La Croix de Cazenac, Flor de Luna ou Voyageur !

La carrière d’Éric Stalner – né en 1959 – se divise en deux étapes principales. De 1987 à 1999, il réalise l’essentiel de ses projets avec son frère aîné Jean-Marc (avec qui il crée et impose leur pseudonyme commun Stalner). D’abord chez Glénat, puis chez Dargaud, ils multiplient les titres : Les Poux, Le Boche…

Ensemble, les frères Stalner deviennent auteurs complets et signent de petits bijoux comme Fabien M., Malheig, Le Fer et le Feu. Mais, douloureusement, ils finissent par se séparer au cours de la création de cette dernière série… À partir de l’âge de 40 ans, Éric Stalner vole de ses propres ailes, et enchaîne avec bonheur les projets : en particulier en collaboration avec Pierre Boisserie, ou quelques autres, ou encore en solo. Ayant imposé son prénom, Éric Stalner multiplie avec toujours plus de plaisir de nouvelles séries dans des genres fort variés : La Croix de Cazenac, Le Roman de Malemort, Blues 46, Ange-Marie, La Liste 66, Voyageur, Flor de Luna… Prolifique, travailleur, boulimique, Éric Stalner développe déjà de nouveaux projets chez Glénat et chez 12 bis, parmi lesquels le triptyque Ils étaient dix…

L’œuvre d’Éric Stalner est imprégnée par des constantes caractéristiques de ce qu’il faut bien appeler « le style Stalner » : une culture littéraire, artistique et cinématographique étendue ; un goût marqué pour l’art romantique, riche de vieilles pierres, de végétations luxuriantes et de mythologies ; une large place pour les histoires de famille et des personnages aux caractères de battants dans l’adversité.

Éric Stalner est reconnu pour être un auteur rapide : ne peut-il pas, en seulement quatre mois, scénariser et dessiner un album ?! Il nous confie qu’il aimerait parfois pouvoir mieux faire ce qu’il réalise, mais – dit-il – il y perdrait en spontanéité et en rythme. Quoi qu’il en soit, son plaisir de dessiner le guide. Résultat, en un peu plus de 20 ans, sa bibliographie atteint la soixantaine d’albums !

Au sein de la rubrique Bibliographie des Carnets d’Éric Stalner, retrouvez sur chacune des fiches bibliographiques les commentaires du principal intéressé où il revient sur ses nombreuses réalisations, en collaboration avec d’autres auteurs ou en solo.

Manuel F. Picaud et Brieg F. Haslé
photo © Manuel F. Picaud 2008

jeudi 30 octobre 2008

Biographie d'Éric Stalner, version Dupuis

Né à Paris le 11 mars 1959, Éric S. (*) accomplit ses premiers pas dans la BD avec son frère aîné Jean-Marc, né à Douala au Cameroun le 1er août 1957, sous le pseudonyme commun de Stalner. Ils sont recalés au concours d'entrée de l'École des Beaux-Arts de Paris, mais s'accrochent à leur désir de vivre de leurs dessins en réalisant ensemble dès les années 80 de nombreuses affiches, pochettes de disques et autres commandes publicitaires.

Leur intronisation en BD s'effectue chez Glénat en 1989 où ils illustrent trois scénarios de Christian Mouquet dans la série Les Poux, signée cette fois A. et M. Stalner (pour Alexandre et Martin). Ce galop d'essai terminé, ils décident d'opter définitivement pour leurs véritables prénoms dans leurs œuvres ultérieures réalisées en commun jusqu'en 1998. Se succèdent ainsi Le Boche (six albums de 1990 à 1995 chez Glénat, sur scénario de Bardet), Fabien M. (cinq épisodes chez Dargaud de 1993 à 1996 sur leur propre scénario), Malheig (quatre volumes chez Dargaud de 1996 à 1998), Nordman, les Vikings en Normandie (album unique chez Glénat en 1996, avec la collaboration de Bardet au scénario et sur une commande de l'Association du Millénaire du comté d'Eu). Le Fer et le Feu sera leur dernière série commune chez Glénat à partir de 1998 et fut terminée au quatrième album par Éric seul.

À la fin des années 90, maturité graphique acquise, ils décident en effet de suivre chacun leur propre chemin. Éric lance les séries du Roman de Malemort (cinq volumes chez Glénat de 1999 à 2003) et La Croix de Cazenac (cinq volumes chez Dargaud de 1999 à 2003). Il participe au deuxième volume de l'œuvre collective Le Triangle Secret (chez Glénat en 2000, scénario de Convard) et publie en 2004 chez Dargaud le diptyque Blues 46, sur un texte de Laurent Moënard. Le premier scénario d'une jeune Corse, Aude Ettori, va l'amener à une première incursion aux éditions Dupuis avec un remarquable one-shot : Ange Marie, dans la collection Aire Libre.

Son dessin d'un superbe réalisme classique et sa riche recherche de couleurs chaudes n'exclut pas une productivité étonnante puisqu'il se passe rarement d'année sans qu'il publie deux albums à large diffusion et qu'il se livre néanmoins en parallèle, de temps à autre, à de brèves recherches esthétiques pour des éditeurs marginaux à tirages limités : Héra chez Imbroglio (2002), À la recherche de Blanche chez BD'Empher (2003), etc.

(*) Ces deux auteurs ne souhaitent pas révéler leur véritable patronyme, quelque peu biblique et trop commun en France.

Biographie d'Éric Stalner, version Glénat

Né en 1957 [sic], Éric Stalner commence par dessiner à quatre mains avec son frère Jean-Marc. C'est en 1999 qu'Éric Stalner débute une carrière en solo avec la création de La Croix de Cazenac sur scénario de Pierre Boisserie chez Dargaud.

De nouveau chez Glénat, il signe seul Le Roman de Malemort. En 2003, il dessine À la recherche de Blanche chez BD'Empher, puis en 2005 Ange-Marie avec Aude Ettori chez Dupuis. En 2004 paraît Blues 46 écrit par Laurent Moënard chez Dargaud où il débute en 2006 La Liste 66.

Avec Flor de Luna, il collabore à nouveau avec Pierre Boisserie et Éric Lambert pour les éditions Glénat. Sa puissance de travail lui permet de signer un nombre d'albums impressionnant tout en conservant une grande qualité graphique à ses œuvres.

photo © Glénat 2007

lundi 27 octobre 2008

Biographie d'Éric Stalner, version Dargaud

Éric Stalner est né à Paris en 1959. Dans les années 1980, il se lance dans une carrière d’illustrateur avec son frère aîné, Jean-Marc. Ils réalisent ensemble des pochettes de disques, des affiches de concert et divers travaux publicitaires.

Éric Stalner collabore aussi au journal L’Idiot international dirigé par l’écrivain Jean-Edern Hallier. Jusqu’au jour où il décide de se consacrer à la bande dessinée, attiré par le plaisir de raconter des histoires. Il dessine son premier album, Les Poux (éditions Glénat), en compagnie de son frère et d’après un scénario de Christian Mouquet.

Viendront ensuite, toujours chez Glénat, les séries Le Boche et Le Fer et le Feu puis, chez Dargaud, Fabien M. et Malheig. En 1998, Éric Stalner décide de suivre son propre chemin. Il dessine La Croix de Cazenac sur un scénario qu’il signe avec Boisserie et Blues 46 écrit avec Laurent Moënard. Il a aussi participé à la saga Le Triangle Secret écrite par Didier Convard et mise en images par plusieurs dessinateurs (Glénat).

photo © Rita Scaglia / Dargaud 2004

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