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mardi 26 avril 2011
Interview d'Eric Stalner sur Voyageur pour Télé Toulouse
C'est une interview-vidéo plus ancienne d'Éric Stalner par TLT - Télé Toulouse / Wizdéo. Le thème est la nouvelle saga Voyageur (chez Glénat et non pas chez Dargaud) dont le dernier épisode dessiné par Juanjo Guarnido sortira à l'automne.
lundi 25 avril 2011
Interview filmée d'Eric Stalner par TéléToulouse / Wizdeo
Dans le cadre de sa séance de dédicaces à la Librairie des Petits Ruisseaux, Éric Stalner a été interviewé par TLT - Télé Toulouse / Wizdéo dans son atelier de Toulouse. Le thème est son dernier album comme auteur complet, à savoir Ils étaient dix dont le T3 est paru ce printemps chez 12 bis.
vendredi 22 avril 2011
Entretien Fantasy.fr 2/2 - 2007
Interview de Pierre Boisserie et Éric Stalner parue sur le site Fantasy.fr en juillet 2007
Propos recueillis par Serge Perraud en mars 2007 et publiés sur le site Fantasy.fr le 11 juillet 2007
Voyages au pays de Stalner et Boisserie 2/2
On doit à Éric Stalner et Pierre Boisserie La Croix de Cazenac, une saga de dix tomes conjuguant chamanisme et espionnage sur fond de Grande Guerre, Voyageur, une nouvelle fresque en treize volumes où l’intrigue s’étend de l’Antiquité à la fin du 21e siècle, ou encore Flor de Luna, une série prévue en sept volumes sur la Havane. Ils animent séparément des titres comme La Liste 66 pour Éric Stalner, et Eastern pour Pierre Boisserie.
Serge Perraud les a rencontrés à l'occasion du Salon du Livre de Paris, en mars dernier [mars 2007, ndlr]. Voici la seconde partie de l'interview, consacrée à La Croix de Cazenac et aux autres projets des deux auteurs.
Quelle est l’incidence du Voyageur sur vos autres séries ? Je pense particulièrement à La Croix de Cazenac. Travaillez-vous différemment ?
Éric Stalner : Comment est-ce qu’on gère tout ça ?...
Pierre Boisserie : Justement, on a été obligés de changer de mode de travail, à la fois sur La Croix de Cazenac et sur une série que l’on fait ensemble, chez Glénat, qui s’appelle Flor de Luna. C’est une saga familiale autour des cigares et de Cuba, qui se déroule de 1820 à nos jours. Il était évident que l’on ne pouvait plus tout faire. Ce n’était pas possible. Surtout Éric. En plus, on a nos séries, chacun de notre côté. La solution a été trouvée de le soulager d’une part de son travail. C'est-à-dire que sur La Croix de Cazenac et sur Flor de Luna, Éric ne fait, entre guillemets, plus que le découpage et le crayonné de base et c’est un autre dessinateur qui vient compléter le travail. Sur La Croix de Cazenac, c’est Siro qui va faire le travail.
ES : On n’a pas pris des nazes… Ce ne sont pas des assistants, il n’y a pas l’idée de prendre des assistants. Ils sont aussi sur Voyageur. Donc Siro est sur La Croix de Cazenac, Éric Lambert, qui travaille pour l’instant chez Soleil, fait Flor de Luna avec nous. Il y a sept tomes à faire. Il a fini le crayonné et il fait l’encrage du premier. C’est une façon de bosser qui est très plaisante parce qu’il y a un côté travail en équipe.
J’imagine que vous avez, entre guillemets, la partie la plus intéressante ?
ES : Ben… pas forcément ! Non, non ! Cependant, je ne vais pas m’en plaindre car j’aime bien. Mais d’un autre côté, il faut le savoir, se le dire et accepter : cela ne nous appartient pas complètement. On a tendance, quand on est dessinateur, à s’approprier les personnages. Ben là, non ! C’est lui qui a le trait final, qui donne la dernière touche.
PB : Par contre, ce qui est saisissant, c’est de voir la différence de style qu’il y a entre les deux. Du « Stalner - Siro » est très différent du « Stalner -Lambert ». C’est super intéressant à voir.
Vous raccourcissez les cycles de La Croix de Cazenac : les deux premiers étaient de trois albums, les deux suivants seront en deux tomes seulement...
PB : Au départ, on a réduit à deux, effectivement, mais pour une autre raison. On avait une histoire à raconter. On savait ce qu’on voulait raconter.
ES : Mais on a pensé qu’on allait trop étirer, qu’on allait être amenés à rajouter plein de choses inutiles dans l’histoire.
PB : Du coup, on l’a fait en deux et le dernier cycle on le fait en deux également. Cela fait une série de dix albums, c’est bien !
ES : Dix, c’est déjà beaucoup. C’est une belle série.
La Croix de Cazenac se déroule sur le fond de la Grande Guerre, mêlant espionnage et ésotérisme sibérien. Que souhaitiez-vous montrer ?
ES : Je ne sais pas si on peut appeler ça de l’ésotérisme…
PB : Ce n’est pas aussi ésotérique que ça !
ES : Cela fait partie de la pensée sibérienne. C’est une pratique qui existe encore maintenant à travers le chamanisme. C’est quelque chose de tout à fait naturel, chez les Sibériens.
PB : Comme il l’est chez les Amérindiens… Quand on parle de Sitting Bull, s’il porte un nom de taureau, c’est parce que c’est son animal totémique. C’était un guerrier chaman. C’est une partie de leur histoire et de leur tradition. Donc, pour moi, ce n’est pas de l’ésotérisme. Et on a voulu intégrer cette nature dans certains de nos personnages parce que cela donne un côté un peu mystérieux et surtout un côté sauvage au caractère du personnage d’Étienne. À certains moments, il a un côté vraiment animal, voire bestial et différent des autres. Il est vraiment à part ! Et puis, il y a tout le mystère qui accompagne les croix…
ES : En fait, le but de notre histoire est de prendre un personnage, Étienne en l’occurrence, qui au départ s’ignore lui-même et se découvre en même temps que le lecteur et de l’accompagner. Il ne connaît rien sur lui-même, ni sur son histoire familiale et il va découvrir, peu à peu, ses racines et sa réelle personnalité. C’est de suivre la transformation de ce personnage qui nous intéresse.
Celle-ci n’est-elle pas trop spectaculaire ?
ES : Il se découvre dans la guerre. Il sent qu’il a, au fond de lui, quelque chose… un peu comme Capitaine Conan. Comme quoi, le séminaire mène à tout… jusqu’aux tranchées de Verdun !
PB : Mais la violence est quelque chose de naturelle et la violence des chamans est quelque chose d’encore plus fort. Et c’est à lui de la canaliser, tout en acceptant sa nature profonde. Effectivement, il met du temps à le faire. C’est donc, en fait, un parcours humain en même temps qu’un cycle d’aventures. Mais il y a des personnages qui, pour nous, sont humainement très forts, comme les deux frères.
Donc, votre actualité immédiate, c’est Voyageur chez Glénat et…
PB : Oui et La Croix de Cazenac. Sinon, on en a plein. Il y a Flor de Luna qui sort en juin. Éric a La Liste 66…
Allez-vous poursuivre la série Le Roman de Malemort ?
ES : Il va y avoir une intégrale qui sort en fin d’année, mais cette est normalement finie. À un moment donné, je pensais en refaire d’autres. J’ai commencé un cycle et puis je me suis dis : « Non, je ne peux pas tout faire. » Donc, en fait, ça s’arrête là.
Et vous Pierre Boisserie, quelle est votre actualité ?
PB : Moi, j’attends que le T3 d’Eastern sorte, normalement en mai ou juin. En septembre, j’ai une nouvelle série qui démarre chez Dargaud et qui va s’appeler Dantès. C’est un Comte de Monte-Cristo moderne, dans les milieux de la finance, que je fais avec Érik Juszezak et Philippe Guillaume. Celui-ci est spécialiste dans le domaine financier et m’aide beaucoup au scénario
Sinon, je repars pour un Long Courrier avec Nicolas Bara, avec qui j’ai fait Le Chant des Malpas, chez Dargaud et qui a trouvé grâce aux yeux du public. Donc, on refait une autre histoire ensemble, qui sortira probablement en 2008. Un peu dans la même atmosphère fantastique.
interview © Serge Perraud / Fantasy.fr
visuels © Stalner - Boisserie / Dargaud - Glénat
Propos recueillis par Serge Perraud en mars 2007 et publiés sur le site Fantasy.fr le 11 juillet 2007
Voyages au pays de Stalner et Boisserie 2/2
On doit à Éric Stalner et Pierre Boisserie La Croix de Cazenac, une saga de dix tomes conjuguant chamanisme et espionnage sur fond de Grande Guerre, Voyageur, une nouvelle fresque en treize volumes où l’intrigue s’étend de l’Antiquité à la fin du 21e siècle, ou encore Flor de Luna, une série prévue en sept volumes sur la Havane. Ils animent séparément des titres comme La Liste 66 pour Éric Stalner, et Eastern pour Pierre Boisserie.
Serge Perraud les a rencontrés à l'occasion du Salon du Livre de Paris, en mars dernier [mars 2007, ndlr]. Voici la seconde partie de l'interview, consacrée à La Croix de Cazenac et aux autres projets des deux auteurs.
Quelle est l’incidence du Voyageur sur vos autres séries ? Je pense particulièrement à La Croix de Cazenac. Travaillez-vous différemment ?
Éric Stalner : Comment est-ce qu’on gère tout ça ?...
Pierre Boisserie : Justement, on a été obligés de changer de mode de travail, à la fois sur La Croix de Cazenac et sur une série que l’on fait ensemble, chez Glénat, qui s’appelle Flor de Luna. C’est une saga familiale autour des cigares et de Cuba, qui se déroule de 1820 à nos jours. Il était évident que l’on ne pouvait plus tout faire. Ce n’était pas possible. Surtout Éric. En plus, on a nos séries, chacun de notre côté. La solution a été trouvée de le soulager d’une part de son travail. C'est-à-dire que sur La Croix de Cazenac et sur Flor de Luna, Éric ne fait, entre guillemets, plus que le découpage et le crayonné de base et c’est un autre dessinateur qui vient compléter le travail. Sur La Croix de Cazenac, c’est Siro qui va faire le travail.
ES : On n’a pas pris des nazes… Ce ne sont pas des assistants, il n’y a pas l’idée de prendre des assistants. Ils sont aussi sur Voyageur. Donc Siro est sur La Croix de Cazenac, Éric Lambert, qui travaille pour l’instant chez Soleil, fait Flor de Luna avec nous. Il y a sept tomes à faire. Il a fini le crayonné et il fait l’encrage du premier. C’est une façon de bosser qui est très plaisante parce qu’il y a un côté travail en équipe.
J’imagine que vous avez, entre guillemets, la partie la plus intéressante ?
ES : Ben… pas forcément ! Non, non ! Cependant, je ne vais pas m’en plaindre car j’aime bien. Mais d’un autre côté, il faut le savoir, se le dire et accepter : cela ne nous appartient pas complètement. On a tendance, quand on est dessinateur, à s’approprier les personnages. Ben là, non ! C’est lui qui a le trait final, qui donne la dernière touche.
PB : Par contre, ce qui est saisissant, c’est de voir la différence de style qu’il y a entre les deux. Du « Stalner - Siro » est très différent du « Stalner -Lambert ». C’est super intéressant à voir.
Vous raccourcissez les cycles de La Croix de Cazenac : les deux premiers étaient de trois albums, les deux suivants seront en deux tomes seulement...
PB : Au départ, on a réduit à deux, effectivement, mais pour une autre raison. On avait une histoire à raconter. On savait ce qu’on voulait raconter.
ES : Mais on a pensé qu’on allait trop étirer, qu’on allait être amenés à rajouter plein de choses inutiles dans l’histoire.
PB : Du coup, on l’a fait en deux et le dernier cycle on le fait en deux également. Cela fait une série de dix albums, c’est bien !
ES : Dix, c’est déjà beaucoup. C’est une belle série.
La Croix de Cazenac se déroule sur le fond de la Grande Guerre, mêlant espionnage et ésotérisme sibérien. Que souhaitiez-vous montrer ?
ES : Je ne sais pas si on peut appeler ça de l’ésotérisme…
PB : Ce n’est pas aussi ésotérique que ça !
ES : Cela fait partie de la pensée sibérienne. C’est une pratique qui existe encore maintenant à travers le chamanisme. C’est quelque chose de tout à fait naturel, chez les Sibériens.
PB : Comme il l’est chez les Amérindiens… Quand on parle de Sitting Bull, s’il porte un nom de taureau, c’est parce que c’est son animal totémique. C’était un guerrier chaman. C’est une partie de leur histoire et de leur tradition. Donc, pour moi, ce n’est pas de l’ésotérisme. Et on a voulu intégrer cette nature dans certains de nos personnages parce que cela donne un côté un peu mystérieux et surtout un côté sauvage au caractère du personnage d’Étienne. À certains moments, il a un côté vraiment animal, voire bestial et différent des autres. Il est vraiment à part ! Et puis, il y a tout le mystère qui accompagne les croix…
ES : En fait, le but de notre histoire est de prendre un personnage, Étienne en l’occurrence, qui au départ s’ignore lui-même et se découvre en même temps que le lecteur et de l’accompagner. Il ne connaît rien sur lui-même, ni sur son histoire familiale et il va découvrir, peu à peu, ses racines et sa réelle personnalité. C’est de suivre la transformation de ce personnage qui nous intéresse.
Celle-ci n’est-elle pas trop spectaculaire ?
ES : Il se découvre dans la guerre. Il sent qu’il a, au fond de lui, quelque chose… un peu comme Capitaine Conan. Comme quoi, le séminaire mène à tout… jusqu’aux tranchées de Verdun !
PB : Mais la violence est quelque chose de naturelle et la violence des chamans est quelque chose d’encore plus fort. Et c’est à lui de la canaliser, tout en acceptant sa nature profonde. Effectivement, il met du temps à le faire. C’est donc, en fait, un parcours humain en même temps qu’un cycle d’aventures. Mais il y a des personnages qui, pour nous, sont humainement très forts, comme les deux frères.
Donc, votre actualité immédiate, c’est Voyageur chez Glénat et…
PB : Oui et La Croix de Cazenac. Sinon, on en a plein. Il y a Flor de Luna qui sort en juin. Éric a La Liste 66…
Allez-vous poursuivre la série Le Roman de Malemort ?
ES : Il va y avoir une intégrale qui sort en fin d’année, mais cette est normalement finie. À un moment donné, je pensais en refaire d’autres. J’ai commencé un cycle et puis je me suis dis : « Non, je ne peux pas tout faire. » Donc, en fait, ça s’arrête là.
Et vous Pierre Boisserie, quelle est votre actualité ?
PB : Moi, j’attends que le T3 d’Eastern sorte, normalement en mai ou juin. En septembre, j’ai une nouvelle série qui démarre chez Dargaud et qui va s’appeler Dantès. C’est un Comte de Monte-Cristo moderne, dans les milieux de la finance, que je fais avec Érik Juszezak et Philippe Guillaume. Celui-ci est spécialiste dans le domaine financier et m’aide beaucoup au scénario
Sinon, je repars pour un Long Courrier avec Nicolas Bara, avec qui j’ai fait Le Chant des Malpas, chez Dargaud et qui a trouvé grâce aux yeux du public. Donc, on refait une autre histoire ensemble, qui sortira probablement en 2008. Un peu dans la même atmosphère fantastique.
interview © Serge Perraud / Fantasy.fr
visuels © Stalner - Boisserie / Dargaud - Glénat
lundi 24 août 2009
Pierre Boisserie interviewé par France2.fr
Sur le portail BD de France2.fr, Les Rencontres de la BD proposent un entretien exclusif avec Pierre Boisserie, le scénariste de Flor de Luna, Voyageur, Dantès...
cliquez sur l'image pour voir la vidéo...
© Laurent Boileau - Thierry Czajko / Mosaïque Films - France2.fr
cliquez sur l'image pour voir la vidéo...© Laurent Boileau - Thierry Czajko / Mosaïque Films - France2.fr
dimanche 28 juin 2009
Pierre Boisserie interviewé par Bedeo.fr
Entretien avec Pierre Boisserie à l'occasion de la sortie de Flor de Luna T3 proposé par le site Bedeo.fr en juin 2009.
cliquez sur l'image pour voir la vidéo...
cliquez sur l'image pour voir la vidéo...mardi 14 avril 2009
Interview vidéo des auteurs de Voyageur
Retrouvez Pierre Boisserie, Marc Bourgne et Éric Stalner dans cette vidéo réalisée en 2007 lors du lancement de la saga Voyageur...
© Glénat
© Glénat
jeudi 5 février 2009
Entretien Fantasy.fr 1/2 - 2007
Interview de Pierre Boisserie et Éric Stalner parue dans sur le site Fantasy.fr en juillet 2007Propos recueillis par Serge Perraud en mars 2007 et publiés sur le site Fantasy.fr le 4 juillet 2007
Voyages au pays de Stalner et Boisserie 1/2
On doit à Éric Stalner et Pierre Boisserie La Croix de Cazenac, une saga de dix tomes conjuguant chamanisme et espionnage sur fond de Grande Guerre, Voyageur, une nouvelle fresque en treize volumes où l’intrigue s’étend de l’Antiquité à la fin du 21e siècle, ou encore Flor de Luna, une série prévue en sept volumes sur la Havane. Ils animent séparément des titres comme La Liste 66 pour Éric Stalner, et Eastern pour Pierre Boisserie.
Serge Perraud les a rencontrés à l'occasion du Salon du Livre de Paris, en mars dernier [mars 2007, ndlr]. La première partie de l'interview sera consacrée à leur nouvelle série Voyageur et la seconde à La Croix de Cazenac et aux autres projets des deux auteurs.

Vous êtes co-scénaristes de Voyageur, la nouvelle série qui parait chez Glénat. Vous qui avez l’expérience des deux situations, est-il plus facile d’être co-scénariste que scénariste ?
Éric Stalner : Oui ! C’est oui pour nous.
Pierre Boisserie : Mais c’est peut-être différent pour d’autres. Pour nous, cela nous convient bien. C’est une façon de travailler, de jouer au ping-pong avec les idées, qui nous plait bien.
ES : Mais les deux sont bien.
PB : C’est une manière très dynamique de faire des histoires, avec un aller-retour permanent de questions-réponses. De plus, on est constamment obligés de justifier nos choix et de justifier nos idées par rapport à l’autre et par rapport à l’histoire elle-même. C’est très enrichissant. On a une efficacité dans le travail qui est démultipliée. Donc j’adore ça !
PB : On va beaucoup plus vite et on est beaucoup plus créatifs. Disons, qu’on a un meilleur rendement… bien que ce mot ne soit pas très joli.
ES : Mais ce n’est pas pour cela qu’on le fait. C’est une conséquence, mais ce n’est pas la raison primordiale.
PB : Quand on travaille tout seul, souvent, il faut laisser les choses se reposer pour qu’une nouvelle idée arrive… C’est un peu comme la pâte à crêpes, il faut laisser reposer pour qu’une idée jaillisse et nous permette de reprendre l’histoire et de progresser. Quand on travaille à deux, si l’un est bloqué, l’autre qui s’est nourri de ce qu’a dit le premier va, justement, effacer le délai de repos et nous faire repartir.
À deux, n’y a-t-il pas une contradiction immédiate et une correction ?
ES : Disons qu’on s’est fixé une règle de base toute simple, en fait : on ne garde les idées que si l’on est tous les deux d’accord sur celles-ci.
PB : Si j’ai une idée qui me semble bonne, qu’Éric ne le trouve pas bonne et que je ne réussis pas à le convaincre que c’est une bonne idée, on abandonne et on passe à autre chose.
Donc, compte tenu de ce que vous venez de dire, vous étiez d’accord sur la date du 7 février 2082 ? Pourquoi le choix de cette date ?ES : On a fait nos calculs et l’année 2082 est importante. De plus, on voulait être en début d’année. Peut-être que j’ai écrit ce truc le 7 février. On est parti au hasard, sauf pour l’année. Ce que nous faisons, nous prenons une date comme ça. Et puis, en fait, on la garde. C’est comme pour les noms. On prend des noms, qui ne seront pas ceux des personnages, pour lancer l’histoire plutôt que mettre x, y, z. On met des prénoms. Et souvent on les garde. On s’est habitué et puis ils correspondent aux personnages qu’on a crées.
PB : Ce pourrait être un rendez-vous. Mais non, je n’étais pas là le 7 février. Et il y a des chances qu’on ne soit plus là.
ES : Moi, j’ai 48 ans, j’aurais 100 ans en 2059 et cela me ferait… 123 ans ! Non, non, je n’y tiens pas !
Le projet du Voyageur est vieux de trois ans. Comment est née l’idée ?PB : Cela fait même un peu plus longtemps puisqu’il y a cinq ans que je l’ai dans la tête, que j’ai commencé à en parler à droite et à gauche. Mais cela fait trois ans que j’ai parlé de cette idée à Didier Convard chez Glénat. Il a tout de suite accroché et cherché à mettre la machine en route. Voyant que Didier Convard était partant, j’ai pris mon téléphone, j’ai appelé Éric pour lui demander s’il voulait le faire avec moi. Il a dit oui tout de suite !
Pour 2082, faites-vous un futur qui prend en compte les projections actuelles ?
ES : Oui et non ! Oui, mais tous ceux qui tentent de faire des projections du présent pour inventer le futur se plantent. On a décidé cependant, de mettre quelques barrières… par exemple, on pense qu’il y a eu un virus qui a bloqué beaucoup de choses au niveau d’Internet, au niveau du développement des nanotechnologies…
PB : Ce qui peut être possible.
ES : Là, on est beaucoup plus libres pour être dans l’anticipation, dans la science-fiction pure. On a voulu être libres par rapport à ce futur et par rapport à toutes les projections qui ont été faites. Quand on voit un film de SF réalisé dans les années 80, je prends Alien par exemple, ils sont en retard parce qu’on voit des ordinateurs très épais, très profonds, alors qu’on est déjà aux écrans plats. Ils situaient l’action en 2040. Mais dès 2007, on a des écrans plats…
PB : Il se dit tellement de choses. On dit que le réchauffement de la planète, entraînera le refroidissement de l’Europe à cause du détournement du Gulf Stream. Maintenant, on dit que ce n’est pas tout à fait vrai, que rien ne va changer. Donc il n’y aura pas de refroidissement… Le réchauffement ne sera pas un vrai réchauffement… Les scientifiques, eux-mêmes, s’opposent sur plein de sujets.
Travaillez-vous sur une manipulation de la réalité ?ES : Pas vraiment, non ! Justement, on travaille sur le contraire. C'est-à-dire que le postulat de base est un renversement des histoires de voyages dans le temps. En effet, notre voyageur doit revenir dans le temps, non pas pour manipuler la réalité et la modifier, mais pour s’assurer au contraire, que rien ne va changer. En effet, si on change la réalité dans le passé, on altère ce qui va se passer derrière et tout remettre en question, jusqu’au voyage dans le temps lui-même. L’enjeu n’est pas de changer le passé, c’est au contraire de s’assurer de sa pérennité.
PB : De préserver les choses…
Voyage-t-il dans le passé par sa seule capacité ?
PB : Par un gêne quantique !
ES : On a voulu éviter à tout prix la machine.
PB : Ça nous fatigue un peu la machine, la potion…
ES : C’était intéressant de jouer avec les connaissances dont on peut disposer au niveau de la mécanique quantique et du champ quantique. Donc, on a crée un gêne quantique qui permet au corps, par un effet tunnel….
PB : Enfin, toute une justification scientifique absolument digne de Star Trek.
ES : Qui ne tient pas la route !
PB : Qui ne tient pas la route trois secondes, mais qui est le postulat de base de la série. Maintenant, on demande juste aux lecteurs d’accepter ce postulat de base et de laisser l’histoire se dérouler.
ES : Oui, mais d’où revient-il ? Dans le futur, il y a des fusils très sophistiqués. Il faudrait, pour vous répondre, rentrer dans l’histoire et là… Le voyageur sait se battre physiquement. Peut-être qu’il est allé dans une arène, dans l’Antiquité… et qu’il en revient ?
PB : De toute façon, rien n’a été laissé au hasard. Donc, s’il revient avec un poignard dans la main, c’est qu’il y a une raison… qui ne sera peut-être expliquée qu’au tome 12 !
ES : Mais l’ensemble de la série n’est pas une série de science-fiction. Il y a les quatre premiers tomes et le dernier qui se passent dans le futur. C’est uniquement le contexte qui crée la notion de futurisme. Quand on sera dans le présent et dans les étapes du passé, il n’y aura pas de technologies du futur transportées à travers le temps. Quand il est dans une époque, il y est avec ce dont il peut disposer, disponible à cette époque.
C’est vous, Éric Stalner, qui assurer les dessins des quatre premiers tomes...ES : Je fais les quatre premiers tomes au niveau dessin, le co-scénario des treize. Les couvertures de la série sont l’œuvre d’un seul dessinateur, Juanjo Guarnido pour avoir une cohérence. Et il fera le tome 13.
Aventures, thriller, histoire et anticipation ne sont-ils pas les genres qui décrivent votre série ?
ES : Il y a des cycles. Si l’on prend le cycle du présent c’est plus un thriller, avec un mélange d’espionnage et une part d’anticipation. De même, ce qui se déroule dans le passé relève plus de l’aventure. Chaque cycle appartient à un domaine..
PB : Ça démarre dans le futur avec, effectivement, un goût de science-fiction, mais ce n’est pas que cela. On a essayé d’éviter l’amalgame.
ES : Pas du tout ! On s’est beaucoup posé la question. Comme dès le départ, on a eu envie de le faire avec d’autres dessinateurs, on a demandé aux copains pour participer et on leur a demandé aussi ce qu’ils avaient envie de dessiner. On voulait que ce soit une histoire de plaisir et qu’ils aient envie de dessiner quelque chose qui leur plaise. Lucien Rollin aime bien le Moyen-âge, Éric Liberge était tenté par l’Antiquité gallo-romaine, Éric Lambert voulait faire les Mousquetaires et Louis XIII, et Siro avait envie, vraiment, de traiter Paris sous l’occupation. Ainsi, ils avaient chacun un domaine, une époque qu’ils avaient choisie.
PB : Nous, on avait quatre trames de récits qu’on pouvait adapter à n’importe quelle époque. Ce qui était important, c’était l’enchaînement des quatre trames. Mais elles pouvaient se dérouler à une époque ou à une autre, ce n’était pas gênant.ES : Il n’y avait pas, non plus, d’obligation d’époque. Le futur est primordial, le présent est très important. Il fallait absolument aujourd’hui. Mais, pour les périodes du passé, quelles se déroulent en 1650 ou 1712… Il y a des éléments que l’on peut adapter. Par exemple, l’histoire qui va se raconter sous l’Antiquité avait été écrite, au départ, pour des duellistes, dans l’esprit du film Les Duellistes, des Trois Mousquetaires ou autres. Finalement, cette histoire s’adapte très bien à des gladiateurs dans les arènes. On n’a pas eu de problème pour bouger l’histoire.

À suivre...
interview © Serge Perraud / Fantasy.fr
visuels © Stalner - Boisserie - Guarnido - Bourgne / Glénat - Rêves de Bulles
dimanche 11 janvier 2009
Entretien Association Fabble - 1999
Interview d'Éric Stalner parue dans sur le site de l'association Fabble en 1999
Propos recueillis par Bernard Launois et publiés sur le site de l'Association Fabble en 1999
« La bande dessinée est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. »
Depuis combien de temps dessinez-vous ?
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé dessiner. Lorsque nous étions petits, mon frère et moi, nous faisions des petites devinettes en BD que nous vendions pour 20 ou 50 centimes à notre mère, nos vrais débuts professionnels en quelque sorte. Plus tard, adolescents, nous avons copié les super-héros américains de Strange et Marvel. Dessiner n'était pas une obsession dans ma jeunesse mais un désir permanent. Les marges de mes cahiers de classe étaient remplies de dessins, comme tous ceux qui font le même métier que moi je suppose.
Depuis combien de temps faites-vous de la BD ?
J'ai commencé véritablement la bande dessinée chez Glénat toujours en compagnie de mon frère en 1988 avec Les Poux édité en mars 1989 dans la collection Vécu. Le scénariste s'appelait Christian Mouquet. Il y a eu trois tomes et c'était une histoire d'anarchistes russes que j'aimais beaucoup. Le titre de la série provenait d'une phrase de Lénine : "Dans la nouvelle Russie il n'y a pas de place pour les poux, ou bien le socialisme tuera les poux ou bien les poux tueront le socialisme". Cette BD est sortie quelques mois avant la chute du mur de Berlin. C'est parfaitement involontaire même si cela peut paraître prémonitoire.
Vit-on vraiment de la BD ?
Il y a de grandes différences dans le traitement des auteurs suivant leur nombre d'albums vendus, la reconnaissance du public. Mais si c'est très important d'être honnêtement rémunéré et de recevoir les doux fruits de son dur labeur (larme de reconnaissance) le principal n'est pas là, en tout cas pour moi. Je dirais que je vis de la BD mais surtout avec et pour la BD. C'est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. Je serais riche que je paierais pour continuer.
N'y a-t-il pas des moments de lassitude et d'envie de faire autre chose ?
De temps en temps peut-être mais c'est tellement rare que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Ce qu'il y a parfois de pénible ce sont les moments de doute et cela c'est dur à supporter. Si j'arrêtais la BD, je ferais de l'illustration peut-être, de la pub ou autre chose. Ce qui est certain c'est que tant que je le pourrai, je dessinerai.
Pourquoi avoir décidé d'abandonner les scénaristes (Christian Mouquet pour Les Poux et Daniel Bardet pour Le Boche et Nordman) ?
Ce n'est pas un abandon, c'est simplement l'envie de changer, de tracer son chemin tout seul et surtout de raconter ses propres histoires.
À l'époque des Poux, vous signez A. et M. Stalner : pour quelle raison ?
Stalner est un pseudonyme. Éric est mon vrai prénom, mais au début j'avais pris aussi un prénom pseudo : Martin. Pourquoi prendre un pseudo est une autre question et les réponses sont multiples. Disons que c'est pour le plaisir de se créer une nouvelle personnalité. Les psychanalystes y verraient peut-être le refus du père, l'aveu d'un trouble intérieur ou une peur schizophrénique violente du moi face à l'agression du monde extérieur mais les psychanalystes se fichent de la BD et c'est tant mieux ! Déjà qu'ils disent qu'Astérix et Obélix ont des rapports troubles entre eux…
Reprendrez-vous un jour Fabien M., ne serait ce que pour faire rencontrer Fabien M. et Klaus "Le Boche" comme vous l'aviez envisagez dans une autre interview ?
En fait, c'est dans ma nouvelle série La Croix de Cazenac qui sort en septembre [1999] chez Dargaud. Cela débute en 1914 et dans un tome futur (le 3e ou le 4e), on rencontrera Fabien et Klaus en clin d'œil plus qu'en vrai personnages. Encore que… qui sait ?
En combien d'albums avez-vous prévu la saga berrichonne Le Fer et le Feu ?
C'est une question qui a rarement une réponse précise. Cela dépend de beaucoup de choses. Pour l'instant il y en aura au moins 4 tomes. Après on verra pour une suite…
Une nouvelle ère commence, travailler seul (sans votre frère). Y a-t-il de l'appréhension ?
Oui, c'est drôle, c'est comme un nouveau début. Mais c'est passionnant, cela donne le sentiment d'être au départ et à l'arrivée de la création. Je n'ai pas d'appréhension au contraire je suis plutôt serein. J'adore dessiner (on commence à le savoir !) cela ne me fait pas peur d'entamer seul tant de nouveaux projets.
Est-ce que vos manières d'envisager la BD sont devenues divergentes ?
Non, je ne pense pas. C'est plutôt le désir après avoir parcouru un bout de chemin ensemble de se retrouver seul maître de son destin. Je gère mon emploi du temps, je n'ai de compte à rendre qu'à moi-même et je crois que je me sens plus libre. Je pense que mon frère a le même sentiment…
Nous savons que deux séries vont démarrer, l'une dès septembre [1999] pour La Croix de Cazenac. En combien de tomes est prévue cette intrigue en pleine Première Guerre mondiale ?
Même question suivie d'une même réponse un peu évasive. Cela dépend de plein de choses : de la réussite de l'histoire, de l'intérêt des lecteurs pour cette histoire, du soutien de l'éditeur, de ma propre envie ainsi que de celle de mon co-scénariste et néanmoins ami, du renouvellement de nos idées, etc… Pour l'instant on ne pense qu'au tome 2 et c'est déjà bien comme ça. Ce qui est sûr c'est que l'on en fera pas une histoire qui s'étire comme un chewing-gum mais plutôt des cycles de 2 ou 3 bouquins sur le même sujet. En fait, cela se situe durant la Première Guerre mondiale mais ce n'est pas un livre sur la guerre. Les sujets sont donc variés… Le tome 2 devrait se passer en Russie, un tome sur "le Lusitania" (bateau coulé en 1915), un avec Mata Hari. Nous avons plein d'idées, mais tout est lié au mystère de la croix de Cazenac…
L'autre série, La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], est prévue pour quand ?
Le titre n'est pas définitif, je cherche… si vous avez des idées n'hésitez pas à me les communiquer ! La sortie est prévue pour octobre [1999], je crois. C'est allé beaucoup plus vite que prévu parce que je suis rentré totalement dans cette histoire très différente de ce que je faisais d'habitude et je me suis senti totalement à l'aise. J'ai beaucoup de mal le soir à me sortir de cet univers.
Allez-vous changer de style de dessin ?
Changer radicalement de style me paraît difficile, mais c'est vrai que mon approche est un peu différente, plus humoristique, plus libre peut-être.
Envisagez-vous d'utiliser l'ordinateur pour faire votre BD (mise en couleur par PAO), comme c'est un peu la mode chez des confrères ou bien faire appel à un coloriste comme c'est le cas pour La Croix de Cazenac ?
Toujours ce bon vieux travail à la main ! Jean-Jacques Chagnaud qui fait les couleurs du Fer et le Feu va faire celles de La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], j'ai toute confiance en lui de même qu'en Isabelle Merlet qui a pris en mains les couleurs de La Croix de Cazenac avec beaucoup de style et d'élégance.
Combien faut-il de temps pour dessiner un album ?
Un certain temps, un temps certain et le temps qu'il faut de longues journées de 10-12 heures multipliées par 6 jours par semaine. Je suis loin des 35 heures…
Envisagez-vous d'écrire exclusivement des scénarios pour un autre dessinateur dans l'avenir ?
Avec Pierre Boisserie, co-scénariste talentueux de La Croix de Cazenac, nous avons travaillé sur une nouvelle histoire, un western futuriste avec un très bon dessinateur : Jitéry [projet avorté]. C'est la première fois que je fais un scénario pour quelqu'un d'autre. J'aime beaucoup cela, même si je me sens un peu perdu parce que j'ai les personnages en moi mais je ne les ai jamais couchés sur le papier. Cela dit écrire pour les autres, c'est bien, mais je ne veux pas trop le faire, le dessin toujours le dessin !
Comment voyez-vous l'avenir de la BD ?
Radieux ! Pas vous ? Un peu d'optimisme, cela fait du bien !...
interview © Bernard Launois / Association Fabble
visuels © Stalner - Bardet - Boisserie - Mouquet / Dargaud - Glénat
Propos recueillis par Bernard Launois et publiés sur le site de l'Association Fabble en 1999
« La bande dessinée est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. »Depuis combien de temps dessinez-vous ?
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé dessiner. Lorsque nous étions petits, mon frère et moi, nous faisions des petites devinettes en BD que nous vendions pour 20 ou 50 centimes à notre mère, nos vrais débuts professionnels en quelque sorte. Plus tard, adolescents, nous avons copié les super-héros américains de Strange et Marvel. Dessiner n'était pas une obsession dans ma jeunesse mais un désir permanent. Les marges de mes cahiers de classe étaient remplies de dessins, comme tous ceux qui font le même métier que moi je suppose.
Depuis combien de temps faites-vous de la BD ?J'ai commencé véritablement la bande dessinée chez Glénat toujours en compagnie de mon frère en 1988 avec Les Poux édité en mars 1989 dans la collection Vécu. Le scénariste s'appelait Christian Mouquet. Il y a eu trois tomes et c'était une histoire d'anarchistes russes que j'aimais beaucoup. Le titre de la série provenait d'une phrase de Lénine : "Dans la nouvelle Russie il n'y a pas de place pour les poux, ou bien le socialisme tuera les poux ou bien les poux tueront le socialisme". Cette BD est sortie quelques mois avant la chute du mur de Berlin. C'est parfaitement involontaire même si cela peut paraître prémonitoire.
Vit-on vraiment de la BD ?
Il y a de grandes différences dans le traitement des auteurs suivant leur nombre d'albums vendus, la reconnaissance du public. Mais si c'est très important d'être honnêtement rémunéré et de recevoir les doux fruits de son dur labeur (larme de reconnaissance) le principal n'est pas là, en tout cas pour moi. Je dirais que je vis de la BD mais surtout avec et pour la BD. C'est un métier de passion, d'amour, d'envie, de plaisir. Je serais riche que je paierais pour continuer.
N'y a-t-il pas des moments de lassitude et d'envie de faire autre chose ?De temps en temps peut-être mais c'est tellement rare que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Ce qu'il y a parfois de pénible ce sont les moments de doute et cela c'est dur à supporter. Si j'arrêtais la BD, je ferais de l'illustration peut-être, de la pub ou autre chose. Ce qui est certain c'est que tant que je le pourrai, je dessinerai.
Pourquoi avoir décidé d'abandonner les scénaristes (Christian Mouquet pour Les Poux et Daniel Bardet pour Le Boche et Nordman) ?
Ce n'est pas un abandon, c'est simplement l'envie de changer, de tracer son chemin tout seul et surtout de raconter ses propres histoires.
À l'époque des Poux, vous signez A. et M. Stalner : pour quelle raison ?Stalner est un pseudonyme. Éric est mon vrai prénom, mais au début j'avais pris aussi un prénom pseudo : Martin. Pourquoi prendre un pseudo est une autre question et les réponses sont multiples. Disons que c'est pour le plaisir de se créer une nouvelle personnalité. Les psychanalystes y verraient peut-être le refus du père, l'aveu d'un trouble intérieur ou une peur schizophrénique violente du moi face à l'agression du monde extérieur mais les psychanalystes se fichent de la BD et c'est tant mieux ! Déjà qu'ils disent qu'Astérix et Obélix ont des rapports troubles entre eux…
Reprendrez-vous un jour Fabien M., ne serait ce que pour faire rencontrer Fabien M. et Klaus "Le Boche" comme vous l'aviez envisagez dans une autre interview ?
En fait, c'est dans ma nouvelle série La Croix de Cazenac qui sort en septembre [1999] chez Dargaud. Cela débute en 1914 et dans un tome futur (le 3e ou le 4e), on rencontrera Fabien et Klaus en clin d'œil plus qu'en vrai personnages. Encore que… qui sait ?
En combien d'albums avez-vous prévu la saga berrichonne Le Fer et le Feu ?C'est une question qui a rarement une réponse précise. Cela dépend de beaucoup de choses. Pour l'instant il y en aura au moins 4 tomes. Après on verra pour une suite…
Une nouvelle ère commence, travailler seul (sans votre frère). Y a-t-il de l'appréhension ?
Oui, c'est drôle, c'est comme un nouveau début. Mais c'est passionnant, cela donne le sentiment d'être au départ et à l'arrivée de la création. Je n'ai pas d'appréhension au contraire je suis plutôt serein. J'adore dessiner (on commence à le savoir !) cela ne me fait pas peur d'entamer seul tant de nouveaux projets.
Est-ce que vos manières d'envisager la BD sont devenues divergentes ?
Non, je ne pense pas. C'est plutôt le désir après avoir parcouru un bout de chemin ensemble de se retrouver seul maître de son destin. Je gère mon emploi du temps, je n'ai de compte à rendre qu'à moi-même et je crois que je me sens plus libre. Je pense que mon frère a le même sentiment…
Nous savons que deux séries vont démarrer, l'une dès septembre [1999] pour La Croix de Cazenac. En combien de tomes est prévue cette intrigue en pleine Première Guerre mondiale ?Même question suivie d'une même réponse un peu évasive. Cela dépend de plein de choses : de la réussite de l'histoire, de l'intérêt des lecteurs pour cette histoire, du soutien de l'éditeur, de ma propre envie ainsi que de celle de mon co-scénariste et néanmoins ami, du renouvellement de nos idées, etc… Pour l'instant on ne pense qu'au tome 2 et c'est déjà bien comme ça. Ce qui est sûr c'est que l'on en fera pas une histoire qui s'étire comme un chewing-gum mais plutôt des cycles de 2 ou 3 bouquins sur le même sujet. En fait, cela se situe durant la Première Guerre mondiale mais ce n'est pas un livre sur la guerre. Les sujets sont donc variés… Le tome 2 devrait se passer en Russie, un tome sur "le Lusitania" (bateau coulé en 1915), un avec Mata Hari. Nous avons plein d'idées, mais tout est lié au mystère de la croix de Cazenac…
L'autre série, La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], est prévue pour quand ?Le titre n'est pas définitif, je cherche… si vous avez des idées n'hésitez pas à me les communiquer ! La sortie est prévue pour octobre [1999], je crois. C'est allé beaucoup plus vite que prévu parce que je suis rentré totalement dans cette histoire très différente de ce que je faisais d'habitude et je me suis senti totalement à l'aise. J'ai beaucoup de mal le soir à me sortir de cet univers.
Allez-vous changer de style de dessin ?
Changer radicalement de style me paraît difficile, mais c'est vrai que mon approche est un peu différente, plus humoristique, plus libre peut-être.
Envisagez-vous d'utiliser l'ordinateur pour faire votre BD (mise en couleur par PAO), comme c'est un peu la mode chez des confrères ou bien faire appel à un coloriste comme c'est le cas pour La Croix de Cazenac ?
Toujours ce bon vieux travail à la main ! Jean-Jacques Chagnaud qui fait les couleurs du Fer et le Feu va faire celles de La Forêt de Pierre [Le Roman de Malemort], j'ai toute confiance en lui de même qu'en Isabelle Merlet qui a pris en mains les couleurs de La Croix de Cazenac avec beaucoup de style et d'élégance.
Combien faut-il de temps pour dessiner un album ?
Un certain temps, un temps certain et le temps qu'il faut de longues journées de 10-12 heures multipliées par 6 jours par semaine. Je suis loin des 35 heures…
Envisagez-vous d'écrire exclusivement des scénarios pour un autre dessinateur dans l'avenir ?Avec Pierre Boisserie, co-scénariste talentueux de La Croix de Cazenac, nous avons travaillé sur une nouvelle histoire, un western futuriste avec un très bon dessinateur : Jitéry [projet avorté]. C'est la première fois que je fais un scénario pour quelqu'un d'autre. J'aime beaucoup cela, même si je me sens un peu perdu parce que j'ai les personnages en moi mais je ne les ai jamais couchés sur le papier. Cela dit écrire pour les autres, c'est bien, mais je ne veux pas trop le faire, le dessin toujours le dessin !
Comment voyez-vous l'avenir de la BD ?
Radieux ! Pas vous ? Un peu d'optimisme, cela fait du bien !...
interview © Bernard Launois / Association Fabble
visuels © Stalner - Bardet - Boisserie - Mouquet / Dargaud - Glénat
vendredi 2 janvier 2009
Entretien La Lettre de Dargaud - 1999
Interview d'Éric Stalner parue dans La Lettre de Dargaud n°49 en septembre 1999 lors de la sortie de La Croix de Cazenac T1Propos recueillis par François Le Bescond et publiés dans La Lettre de Dargaud n°49
« Je suis assez classique comme garçon ! »
Une saga familiale à la rentrée. Voilà ce que nous proposent Éric Stalner et Pierre Boisserie avec La Croix de Cazenac (Dargaud). Une nouvelle histoire de famille dans tous les sens du terme puisque Éric réalise cette série sans Jean-Marc, son frère, avec lequel il poursuit toutefois Le Fer et le Feu chez Glénat. En attendant plusieurs autres surprises…En racontant l’histoire de cette famille, aviez-vous en tête d’autres sagas familiales comme Les Maîtres de l’orge ?
Non, pas précisément. Le point de départ pour Pierre (Boisserie, le coscénariste) et moi, c’était 14-18. On voulait simplement raconter une histoire à travers la guerre. Tardi l’a suffisamment bien montré. Ce serait audacieux de chercher à faire mieux. La toile de fond c’est cette période dure, tranchante, sans pitié, et ce sont trois hommes, un père et deux fils avec un secret, un héritage et aussi un travail : espion de père en fils depuis Napoléon Ier. Alors c’est sûr, c’est une histoire familiale. Le Fer et le Feu aussi.

Les Cazenac sont plongés en pleine guerre et, comme d’autres, ils lui paient un lourd tribut. Mais n’est-ce pas pour autant une histoire de manipulation plutôt qu’un récit de guerre ?
14-18, c’est un grand bouleversement. L’horreur qui s’abat comme la peste et qui dévaste toute la jeunesse européenne. Nous ne sommes pas historiens, des centaines de bouquins ont été écrits sur le sujet. Ce qui nous intéresse dans La Croix de Cazenac ce sont les rapports humains et aussi le mystère qui traverse toute cette histoire et qui fini par prendre plus d’importance pour les protagonistes que la guerre elle-même. C’est effectivement une histoire de manipulation, d’espionnage, mais aussi une histoire d’amour entre des personnages vivants et d’autres disparus depuis longtemps.
À la lecture de ce premier album, on découvre que le "candide" de la famille aura un rôle déterminant, se découvrant un tempérament insoupçonné…
C’est vrai, au début Étienne, jeune séminariste a sa voie toute tracée. Il a des vérités toutes faites, des certitudes comme on peut en avoir à son âge et dans sa condition. Et puis tout bascule et il se rend compte que la vie, ou plutôt sa vie, c’est autre chose.
Comme le laisse entendre la couverture, le personnage féminin (Louise) a un rôle clé dans cette histoire.Je n’en ai pas encore parlé, mais c’est exact. Comme souvent la femme agit comme un révélateur, comme un élément déterminant dans une histoire. Dans Cazenac, elle n’est pas, à proprement parler, l’héroïne, mais sans elle, rien n’est possible. En plus, c’est un personnage double, ambigu dans ses relations amoureuses comme dans son engagement. L’image de Mata Hari n’est pas si éloignée !
Vous faites référence à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand dans les Balkans, point de départ du premier conflit mondial et de votre histoire. Comment avez-vous réagi en voyant les récents événements tragiques survenus dans les Balkans ?
J’ai réagi comme beaucoup de gens. Un sentiment mélangé de tristesse, de crainte et d’incompréhension. On entend beaucoup en ce moment à la radio (un dessinateur de BD vit beaucoup avec la radio !) des gens sentencieux qui ont tout compris et qui nous expliquent tout sur tout. Moi, je ne sais pas, je suis partagé. La seule chose que je vois, ce sont des gens qui souffrent. Il doit bien y avoir une sacrée dose de violence profondément enfouie dans la nature humaine.
Combien de volumes prévoyez-vous ?
L’histoire se conclut avec le troisième volume. Mais nous avons envie de continuer avec les personnages sur d’autres aventures. Nous avons en tête plein de rebondissements possibles et, comme nous sommes déjà vraiment attachés au climat, au style de Cazenac, cela durera peut-être (sûrement) un peu.
Un mot sur Pierre Boisserie avec qui vous avez écrit La Croix de Cazenac ?C’est une rencontre. Nous nous connaissons depuis peu et, même si nous sommes très différents de tempérament, nous partageons plein d’idées. Nous nous sommes rencontrés sur un festival (il co-organise le festival de Buc près de Versailles début octobre) et nous avons rapidement sympathisé. L’idée de travailler avec lui s’est imposée à moi petit à petit. Il me montrait des scénarios qu’il avait écrits et je les trouvais toujours intéressants. Un jour, nous avons décidé de faire quelque chose ensemble et voilà ! Nos différences s’accordent bien, je crois.
Vous avez attaché beaucoup d’importance à une autre facette de l'album : la couleur signée Isabelle Merlet…Ahhh, la couleur ! C’est un souci, je suis bien placé pour en parler. C’est vraiment délicat, difficile même. Le métier de coloriste est peu reconnu, je trouve, alors que cela prend de plus en plus d’importance. Les lecteurs sont plus exigeants qu’avant sur la qualité d’un album, au niveau de l’histoire, du dessin, mais aussi de la couleur. Une mauvaise couleur peut tuer une histoire, j’en sais quelque chose. À mon avis, les coloristes sont des auteurs à part entière et ils devraient être reconnus comme tels. Ils apportent une part importante dans la réussite d’une BD. Je parle principalement des histoires réalistes dans lesquelles faire passer l’émotion, la vie, les sentiments est une vraie difficulté. Le choix des couleurs comme la technique doivent être impeccables. Isabelle a fait un travail vraiment formidable sur Cazenac. Elle est exigeante et elle a raison. Pour moi, dans cette série, nous sommes trois : Pierre, Isabelle et moi. Je trouverais normal que son nom figure sur la couverture de l’album.
Une autre histoire de frères, la vôtre, Jean-Marc, partant vers d’autres aventures…
Oui, c’est une bonne chose, je crois. Nous avons travaillé dix années ensemble et maintenant, nous avons des envies un peu différentes. Cela me donne un peu le sentiment d’être toujours un auteur débutant. Mais nous continuons toujours ensemble Le Fer et le Feu.

Cette série s’inscrit, tout comme Fabien M., dans un registre dit d’aventure réaliste. Acceptez-vous cette étiquette d’auteur "classique" ou cela vous semble-t-il sans signification ?
À quarante ans, j’ai un peu fait le tour de moi-même, je connais les bons et les mauvais côtés du bonhomme. On peut dire que je suis assez classique comme garçon ! Dans le dessin, je dois l’être aussi, même si, parfois, j’ai des envies un peu différentes. Au niveau de mes goûts, je suis assez éclectique. Cela dit, les classifications sont faites pour être bousculées et les étiquettes pour être changées.
Quelques mots sur vos prochains projets ?
Dargaud publiera dans les mois qui viennent une nouvelle série que j’ai, là encore, coécrite avec Pierre Boisserie, mais qui sera dessinée par un nouveau prodige du dessin qui vient de l’animation. Ce sera un western fantastique qui devrait paraître sous le nom de Julius B. J’ai aussi un projet – plus qu’un projet – chez Glénat : Le Roman de Malemort. Je fais le scénario et le dessin tout seul, et Jean-Jacques Chagnaud est le coauteur coloriste. Lui aussi fait un formidable boulot : comme dans Le Fer et le Feu ! Mieux même peut-être car l’histoire permet plus de liberté. J’ai d’ailleurs moi aussi pris beaucoup de plaisir à la faire. Plaisir. Voilà, plaisir, c’est le mot de la fin, je crois que c’est celui qu’on doit retenir.
interview © François Le Bescond / La Lettre de Dargaud
visuels © Stalner - Boisserie / Dargaud
photo © Rita Scaglia / Dargaud
dimanche 16 novembre 2008
Entretien Metro - 2007
Interview d'Éric Stalner parue dans Metro en avril 2007 lors de la sortie de Voyageur T1 Futur 1Propos recueillis par Olivier Aubrée et publiés dans Metro le 01.04.2007
« Nous sommes de grands gosses »
Éric Stalner est décontracté. Son crayon trône sur une planche quasi achevée (déjà la n°36 du prochain tome de Voyageur). Deux mines satisfaites du travail accompli. Éric Stalner est cruel : « Avec Pierre Boisserie (coscénariste, ndlr), on a récemment décidé de faire arracher le bras d'un personnage. » Éric Stalner est surtout « super excité » par cette nouvelle saga en treize tomes dont le premier est paru le 28 mars et dont le dernier est programmé en 2011. Un voyage à rebours dans le temps, à la croisée des genres (science-fiction, thriller, épopée historique) et au suspense prometteur.
Comment est née l'idée de ce mystérieux voyageur qui remonte le temps en vieillissant ?Pierre Boisserie avait envie de suivre un héros ayant pour mission de préserver le déroulement du passé pour ne pas provoquer le chaos dans le présent. Face à lui : un autre personnage qui veut, au contraire, modifier le temps. Le concept a déjà fait l'objet de beaucoup de films (Terminator, Retour vers le futur, L'Effet papillon...), mais on a imaginé un maximum d'impossibilités pour aller jusqu'au bout de cette logique : si on sauvait le Titanic ? si on assassinait Hitler ? si on tombait amoureux de sa grand-mère ? Le monde actuel en serait chamboulé, et le héros s'y oppose.
Quel sera le « moyen de transport » entre les différentes époques ?On ne voulait surtout pas utiliser de machine, comme dans la science-fiction classique. Des gènes quantiques (une extrapolation scientifique, bien sûr) permettront au héros de changer de siècle en suivant les empreintes qu'il a laissées dans le passé (photos, statues, tableaux...). En revanche, il y a une unité de lieu : Paris, des arènes de Lutèce au "Granparis" high-tech des années 2080, en passant par la construction de Notre-Dame et l'Occupation allemande.
Au total, vous serez huit à vous partager la réalisation des treize épisodes. Comment peut-on préserver la cohérence d'un projet avec autant de participants ?
Pour le scénario, Pierre Boisserie et moi-même sommes complices depuis longtemps (collaboration sur La Croix de Cazenac, entre autres). Entre nous, c'est une partie de ping-pong permanente. On est des grands gosses : comme deux frères qui dorment dans des lits jumeaux et qui se racontent des histoires dans le noir, on multiplie les « et si... » et on ne conserve une idée que si elle nous plaît à tous les deux. Trois ans se seront écoulés entre la naissance du projet et la parution du premier album.
Et pour le dessin ?Nous connaissons très bien tous les dessinateurs qui interviennent. On fonctionne comme une bande de copains. Les changements d'époque et d'âge des personnages permettent à chacun de s'exprimer, pourvu que le scénario et les caractéristiques du héros (yeux vairons, cheveux blancs, cicatrice en V sur le front) soient respectées.
Y a-t-il un message qui sous-tend Voyageur ou bien est-ce une épopée purement ludique ?Il y a quelques réflexions sur la façon inquiétante dont notre société gère ses ressources et donc l'avenir (gaspillage d'énergies, réchauffement climatique...), mais il n'y a pas de grand message, et surtout pas de leçon de morale. La notion de plaisir prime. Notre plaisir de créer une grande saga de toutes pièces (un vrai casse-tête pour que tout colle dans cette histoire complexe !) et de la dessiner en s'amusant vraiment. Mais aussi le plaisir du lecteur, qu'on veut surprendre, voire manipuler en le faisant entrer dans des jeux de miroir incessants : des personnages se retrouveront face à eux-mêmes sans le savoir ; de lointains ancêtres vont rencontrer leurs descendants ; je ferai aussi un clin d'œil à un vieil ami qui m'est cher, Fabien M.
L'action, le suspense, c'est votre marque de fabrique ?
Justement, à l'avenir, j'aimerais faire plus de psychologie. J'espère relever ce défi. Je n'en dirai pas plus…
interview © Olivier Aubrée / Metro
mercredi 12 novembre 2008
Entretien Actuabd.com - 2007
Interview d'Éric Stalner parue sur Actuabd.com lors de la sortie de Voyageur T1 Futur 1Propos recueillis par Laurent Boileau
Entretien publié sur Actuabd.com le 31.03.2007
« Plus le temps passe, plus j’ai envie de faire des albums »
Les éditions Glénat misent beaucoup sur Voyageur, une ambitieuse saga, dont le premier tome vient de paraître. Éric Stalner, coscénariste et dessinateur du premier cycle, a du pain sur la planche : outre les deux premiers tomes de Voyageur, il publie cette année le tome 2 de La Liste 66, le tome 9 de La Croix de Cazenac et une nouvelle série, Flor de Luna !
Vous publiez cinq albums cette année. Vous êtes boulimique ?
Mon grand défaut, c’est que je suis gourmand. J’aime la vie. J’ai besoin d’aller de l’avant, d’avoir plein de projets. Parfois, il m’arrive d’avoir peur de cette fuite en avant. Je dessine 10 heures par jour et 6 jours sur 7. Pas pour des raisons économiques mais parce que j’aime vraiment dessiner. J’adore mon métier et plus le temps passe, plus j’ai envie de faire des albums. Si la qualité du dessin en pâtit, il faut que les lecteurs et les éditeurs me le disent. Je dessine vite, le découpage vient naturellement. C’est une qualité mais aussi un défaut car je peux me satisfaire d’un dessin qui mériterait plus de travail. Je me gendarme et j’essaie de faire attention !
Scénariste, co-scénariste, dessinateur, vous aimez alterner les fonctions ?J’aime bien les nouvelles expériences. Par exemple, pour Flor de Luna, je coscénarise avec Pierre Boisserie ; je fais ensuite le découpage et seulement le crayonné. C’est Éric Lambert qui finira le dessin. Ce n’est pas une volonté d’aller plus vite, c’est parce que j’aime le travail en équipe. D’ailleurs, ce n’est pas nouveau pour moi, je le faisais déjà avec mon frère, il y a quelques années. Sur le prochain La Croix de Cazenac, Siro encrera et finira le dessin. Mon dessin encré par Lambert n’est pas le même que celui encré par Siro. C’est, à la fois, moi et pas moi ! Mais attention, Siro et Lambert sont de véritables dessinateurs. Ce ne sont pas des exécutants techniques.
Pourquoi vous impliquer de plus en plus dans les scénarios ?Je ne peux plus être seulement dessinateur. J’ai besoin de m’investir dans le scénario. Je ne fais bien que ce que j’aime. Et si on entrave ma liberté, je n’arrive pas à dessiner. Pour raconter une histoire, je ressens le besoin d’être associé à l’origine des personnages, de les sentir et de les faire vivre. En revanche, pour les dialogues, je laisse faire Pierre Boisserie. Sur Voyageur, il rajoute les dialogues sur mes dessins.
Ce qui veut dire que le dessin existe derrière les bulles ?
Tout à fait. Je connais ce que les personnages vont dire mais je ne connais pas les mots exacts qu’ils vont employer. Lors du découpage, je connais les sentiments qu’éprouvent les personnages et donc je sais si le visage doit être interrogatif, effrayé ou souriant. Pierre pose les bulles à l’ordinateur et affine son texte en fonction du dessin. Le texte peut être explicatif mais il permet aussi de rythmer la lecture et d’obliger le lecteur à s’arrêter sur telle ou telle case.
Treize albums en 4 ans, Le Voyageur est une grande aventure… avec plusieurs dessinateurs…
Dessiner la série en dix ans m’aurait lassé. En plus, l’histoire avec trois cycles (futur, présent, passé) se prêtait parfaitement à ce que plusieurs dessinateurs interviennent. Voyageur a quelques signes distinctifs (cicatrice, cheveux blancs, yeux vairons) qui permettront de l’identifier quel que soit le dessinateur. Pour le lecteur, la publication rapide est un bonheur. Et l’éditeur ne peut que s’y retrouver. C’est aussi un moyen de proposer une alternative au rythme rapide de publication des mangas…
L’expérience de Glénat sur ce type de saga est un atout ?C’est rassurant, enthousiasmant mais aussi exigeant parce qu’il faut être à la hauteur de leur "investissement". À l’origine, Pierre Boisserie en a parlé à Didier Convard qui a été tout de suite très motivé et il a su entraîner toute l’équipe Glénat avec lui : l’éditorial, les forces de vente, le marketing…
Pour un dessinateur, n’est-ce pas frustrant de ne pas dessiner la couverture de son album ?
Oh que si ! Mais c’est très bon pour l’humilité ! Les couvertures de Juanjo Guarnido donneront une unité à l’ensemble, comme l’avait fait Juillard pour Le Triangle Secret. Juanjo s’est tellement impliqué qu’il a demandé à dessiner un album. Il fera donc le dernier tome que je devais initialement dessiner moi-même.
interview & photo © Laurent Boileau / Actuabd.com
Remerciements à Laurent Boileau pour son aimable autorisation de reproduction
dimanche 9 novembre 2008
Entretien vidéo L'Hebdo BD - 2007
Interview vidéo d'Éric Stalner pour l'émission L'Hebdo BD, un rendez-vous proposé par le journal suisse Le Matin. Entretien mené par Jean-Marc Lucas et réalisé à Toulouse en 2007 lors de la sortie de Voyageur T1 Futur 1.
© Hebdo BD / Le Matin
samedi 8 novembre 2008
Entretien vidéo Bedeo.fr - 2008
Éric Stalner : « Ma faim de dessin »
Voici un court entretien vidéo avec Éric Stalner, enregistré par l'équipe de Bedeo.fr durant le Festival international de la Bande Dessinée d'Angoulême, proposé le 25 janvier 2008 sur le site du Monde...
L'auteur, qui s'y définit comme « un grand ours timide », y parle de Voyageur, du Roman de Malemort, de sa boulimie de dessiner, et précise « Je ne sais pas si ce que je fais est bien, mais j'aime bien le faire ».
Voici un court entretien vidéo avec Éric Stalner, enregistré par l'équipe de Bedeo.fr durant le Festival international de la Bande Dessinée d'Angoulême, proposé le 25 janvier 2008 sur le site du Monde...
L'auteur, qui s'y définit comme « un grand ours timide », y parle de Voyageur, du Roman de Malemort, de sa boulimie de dessiner, et précise « Je ne sais pas si ce que je fais est bien, mais j'aime bien le faire ».
vendredi 7 novembre 2008
Entretien Auracan.com (5/5) Du dessin et du style - 2008
« Avec le scénario, un album me demande environ quatre mois de travail. »Propos recueillis par Manuel F. Picaud en août 2008
Côté dessin, êtes-vous vraiment autodidacte ?
Oui, j’ai juste pris des cours de nu pour la préparation du concours des Beaux-Arts. Ça m’a manqué de ne pas faire une école parce que j’aurais gagné du temps. J’ai appris autrement. Je n’aime pas forcément ce que je fais, mais j’aime l’acte de création, l’émotion qu’elle dégage, le plaisir qu’elle me donne. Et parfois ça peut toucher au sacré. Quand je dessine un arbre, je deviens l’arbre. Je touche aux fondements de l’univers. Après, tant mieux si le résultat est beau, mais là n’est pas l’essentiel.
En vous regardant dessiner, on dirait presque que vous recopiez ce que vous imaginez…C’est un peu cela. J’ai un peu de mémoire visuelle de ce que je dessine. Mais en même temps, ce que voit le cerveau, la main ne le reproduit pas toujours aussi bien qu’on le voudrait ! J’ignore si les autres dessinateurs fonctionnent comme cela, mais je vois le résultat possible de mon dessin. En dédicace, je mime parfois ce que je pourrais faire et je dis aux lecteurs que je pourrais faire ceci ou cela et dans ma tête je vois ce que c’est, mais eux ne voient évidemment rien – c’est un peu drôle mais moi je le vois effectivement.
Est-ce pour cela que vous faites peu de travaux préparatoires ?
Je n’arrive pas à faire comme certains. J’ai vu les travaux préparatoires de Ted Benoît quand il a repris Blake et Mortimer. Quand il dessinait une pièce, il préparait d’abord le plan de la pièce avec la position de chaque objet. Fou ! Moi, je triche complètement. Je vois bien dans les films : ils font fabriquer des chaises plus petites ou plus grandes pour travailler des effets visuels à la caméra. Il faut tricher tout le temps. En dessin, c’est facile de changer la taille des objets ou de faire de faux éclairages.
Votre style a récemment évolué avec le T3 de La Liste 66 et le T4 de Voyageur : vous avez abandonner l’encrage…
Oui, je me plais à fonctionner comme cela. J’ai toujours des craintes, mais j’aime bien effectivement ce style plus naturel, moins figé. Je n’ai pas fait un changement révolutionnaire, surtout en cours de série. Je travaille avec un crayon noir : ça fait donc des noirs assez noirs. Mais le dessin est plus dynamique. Cela a renouvelé mon plaisir sur La Liste 66 qui m’ennuie à dessiner car cela est trop contemporain. Je préfère dessiner des ruines, de vieilles maisons et la nature. Dans le T3 de La Liste 66, j’ai trouvé cette inondation fort judicieuse. Et heureusement qu’il y a aussi les vieilles voitures…
Sur La Croix de Cazenac et Flor de Luna, vous avez choisi d’ailleurs de partager le dessin avec Siro et Éric Lambert. Comment le vivent-ils ?J’ai l’impression que cela se passe bien. Je sais que c’est un peu des vacances pour Stéphane [Siro, ndlr]. Il encre, il s’amuse ! J’ai une grande préférence pour le découpage et le dessin au crayon par rapport à l’encrage. Je n’ai aucune patience avec une plume et avec de l’encre, mais je l’ai avec le crayon. Je suis capable de faire des choses beaucoup plus compliquées au crayon en faisant vraiment attention, tandis qu’à l’encrage, ça m’ennuie tout de suite. Au crayon, je peux gommer, ciseler. C’est comme si j’avais de la terre glaise que je peux modeler et remodeler.
Vous avez aussi le don de découper rapidement vos planches…Certains vivent très difficilement la mise en page. Mon découpage n’est pas génialissime, mais il vient vite et se tient à peu près. Mon dessin est assez classique, mon découpage ne l'est pas toujours. Je n’hésite pas à réaliser des cases de tailles différentes, à bouger la mise en scène et tout cela, je le fais effectivement vite. Je suis un peu contradictoire. D’un côté, je sais que c’est mon rythme. De l’autre, j’ai l’impression d’aller trop vite, de céder à la facilité de mon propre élan.
Vous êtes considéré en général comme un dessinateur plutôt rapide. Combien de planches réalisez-vous en moyenne par mois ?
J’ai un peu baissé de rythme, mais je tiens à peu près 15 planches par mois. Donc, avec le scénario, un album me demande environ quatre mois de travail.
visuels : La Croix de Cazenac, illustration inédite © Stalner - Boisserie / Dargaud - courtesy Galerie Daniel Maghen ; extrait de la planche 9 de La Liste 66 T1 © Stalner / Dargaud ; Flor de Luna T2, extrait de la planche 13 © Lambert - Stalner - Boisserie / Glénat
interview & photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com
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